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Yôko Hayashi, co-commissaire, nous parle de l’exposition « Foujita, œuvres d’une vie »

Yôko Hayashi, co-commissaire, nous parle de l’exposition « Foujita, œuvres d’une vie »

06 février 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A la Maison de la culture du Japon à Paris se tient jusqu’au 16 mars Foujita, oeuvres d’une vie. Une superbe exposition (voir notre critique). Yôko Hayashi est commissaire de l’exposition, historienne de l’art, chargée de recherche de l’Agence pour les affaires culturelles du Japon, et elle a accepté de répondre à nos questions.

Foujita est perçu comme le plus français des peintres japonais, pourquoi ?
À partir de la seconde moitié du 19e siècle, nombreux sont les artistes japonais venant en France. Cependant, Foujita est sûrement le seul qui a fini par prendre la nationalité française et à être enterré dans l’Hexagone. Il y a vécu en tout une quarantaine d’années. D’autres artistes japonais ont habité en France plus longtemps, par exemple le graveur Kiyoshi Hasegawa (1891-1980). Mais il n’y a sans doute que Foujita qui s’est si bien intégré dans la société française et qui y a autant créé.

Savez-vous pourquoi il avait choisi Paris ?
Foujita n’est pas une exception. Du milieu du 19e siècle au milieu du siècle suivant, la France, ou plutôt Paris était considéré par les Japonais comme la capitale internationale de l’art. Après la seconde guerre mondiale, dans les années 1950, New York deviendra la scène artistique la plus importante, et des artistes comme Yayoi Kusama et On Kawara s’y installeront. Mais avant la guerre, choisir Paris était une évidence pour un artiste japonais.

Quelle est la patte française de Foujita ?
Les artistes japonais de la génération de Foujita qui sont venus à Paris vers les années 1910, avant le premier conflit mondial, pour y étudier quelques années les styles en vogue dans la capitale française, sont repartis au Japon imprégnés de ces styles. C’est pourquoi on peut dire que leurs peintures sont plus « françaises » que celles de Foujita. Au début de son séjour en France, Foujita n’était pas différent de ces peintres japonais. Mais en décidant de rester en Europe quand la première guerre mondiale éclata, son destin fut transformé. Pour rester à Paris, il devait créer des peintures lui permettant de gagner sa vie. Sa réflexion l’amena à l’établissement d’un style extrêmement original, intégrant à la peinture à l’huile occidentale techniques picturales et matériel de peinture du Japon.
Ce qu’il peignit dans ce style si particulier, ce sont des objets du 19e siècle chinés dans les marchés aux puces parisiens, ou encore des nus féminins, thème de prédilection de l’art occidental. Ce sont ces motifs si français représentés de façon inédite (au début des années 1920, Foujita évitait scrupuleusement les motifs japonais ou propres au japonisme) qui firent son succès à Paris.

Vous présentez une rétrospective, quel en est le propos ?
Cette exposition est la rétrospective de son œuvre que Foujita aurait tant voulu voir à Paris de son vivant. Elle y est enfin organisée, cinquante ans après sa disparition. Les années 1910-20 et 1950-60, celles durant lesquelles il vivait à Paris, ne sont pas les seules présentées. Ses peintures des années 1930 et 1940, quand il vivait en Amérique du Sud et en Asie, sont également exposées car nous avions à cœur de montrer toutes les facettes de Foujita.

Y verra-t-on des œuvres phares ?
Morts héroïques sur l’île d’Attu et Nos frères de Saipan, fidèles jusqu’à la mort, deux peintures de guerre que Foujita réalisa durant la seconde guerre mondiale, sont bien sûr les pièces maîtresses de cette exposition. C’est en effet la première fois qu’elles sont exposées hors du Japon.
Une autre œuvre particulièrement remarquable est Nu à la toile de Jouy (1922) : Foujita fit don de ce tableau au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, mais en raison de son état de conservation, il n’était pas sorti de ce musée depuis longtemps. Même lors de l’importante rétrospective Foujita organisée au Japon en 2018, il n’avait pas été présenté. Exceptionnellement, il a traversé la Seine et se retrouve aujourd’hui aux côtés d’autres nus de Foujita des années 1920.

Foujita, œuvres d’une vie (1886-1968)
Maison de la culture du Japon à Paris
16 janvier – 16 mars 2019

Visuel : Foujita, Autoportrait, 1929, huile sur toile, 61×50.2 cm, The National Museum of Modern Art, Tokyo. © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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