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[Reportage] Expo Dénature à la maison Muller : comme à la maison

[Reportage] Expo Dénature à la maison Muller : comme à la maison

16 novembre 2013 | PAR Idir Benard

Issue d’une initiative purement personnelle, la Splendens Factory a reçu la semaine dernière les félicitations de Anne Hidalgo, candidate à la mairie de Paris, pour l’action culturelle que la maison Muller génère dans le quartier. A l’occasion du vernissage de “Dénature”, retour sur un lieu inclassable et polyvalent.

Sous un graph exclusif de Mr Chat, le vernissage dans la cour bat son plein
Sous un graph exclusif de Mr Chat, le vernissage dans la cour bat son plein

Dans une petite rue discrète du 18ème festif, se tient une porte comme Paris en compte des milliers, devant laquelle on passerait sans remarquer quoi que ce soit. Ne vous y trompez pas, car la boîte de prod arty Splendens Factory, à travers la maison Muller, use des meilleurs secrets de la nature : les trésors les plus fins sont les mieux cachés. Car de quels trésors est-il question ce soir? Il y a certes le vernissage de l’expo “Dénature”, composition hétéroclite d’oeuvres éparpillées entre le 3ème étage et le studio photo Silver Clash du fond, avec l’idée d’explorer la nature sous tous ses angles, et qui vaut le détour. Pour Violaine et Elise, commissaires de l’expo, l’objectif est “de sortir du naturel, de construire des passerelles entre l’urbain et le naturel, de jeter des ponts entre l’humain et le naturel”. La technique, en tant que pur produit de l’activité humaine, y occupe donc une large place. Et il n’est pas étonnant à cet égard que l’une des oeuvres qui retient particulièrement l’attention des visiteurs soit cet assemblage pour tout le moins intrigant d’une plante verte branchée sur électroencéphalogramme, qui réagit au contact physique de la main et génère des constructions 3D originale via un écran interposé. Représentant l’intrication toujours plus fine du naturel et de l’artificiel, cette création de Bonjour Lab est emblématique de l’exposition. Car une trentaine d’artistes ultra créatifs sont représentés à travers cette expo, dans des domaines aussi variés que la peinture, l’illustration, la photographie, graphisme ou le design culinaire. A cet égard, des chocolats aux algues confectionnés par Guillaume, designer culinaire, sont également offerts à la dégustation, et participent à cette atmosphère éclectique.

Le monde est désenchanté? Splendens Factory vous le réenchante en mode tapis automnal
Le monde est désenchanté? Splendens Factory vous le réenchante en mode tapis automnal

Mais dans la capitale artistique et gastronomique mondiale qu’est Paris, le travail de jeunes artistes surdoués semble être tout compte fait monnaie courante. Le trésor évoqué plus haut n’est en fait pas palpable, ni même tangible : c’est un état d’esprit qu’il faut ressentir en se laissant pleinement immerger dans ce lieu polymorphe et surprenant, à l’image d’un être humain en plein développement. Multi-facette et changeant mais toujours cohérent, cet espace regroupe, pêle-mêle : bureaux, ateliers photos, salle d’expo, agence de production artistique et si l’on inclut le Blue et le Rosie à 2 pas, bar. En somme, tout ce qu’il faut pour être heureux. Car après quelques minutes d’immersion, on réalise que ce qui règne ici, c’est un état d’esprit qui se veut purement novateur. Oubliées, les vieilles cloisons conceptuelles, de même que la rigidité procédurale propres à toute agence de production artistique qui se respecte. Splendens Factory prend des risques et va là où -pratiquement- personne ne veut aller : l’originalité et l’innovation perpétuelle sont un crédo. Alors que la crise frappe dur et que les esprits se ferment, eux, misent sur l’ouverture, et font de la maison Muller un vivier artistique avant-gardiste et expérimental : plutôt que se focaliser sur ce qui est déjà connu, l’objectif est de repérer et de promouvoir les talents de demain, en mettant l’accent sur la prospection technologique. Pour Ghislain co-fondateur de la Spenldens Factory, le lieu est “en constante redéfinition, en évolution, comme l’être humain en somme”. En surfant sur la non-commercialisation et dans une atmosphère évidemment conviviale, l’objectif est de remettre l’humain au centre. “Si j’ai le choix entre un artiste célèbre et reconnu, mais un vrai c***@*d, et un artiste peu connu mais sympa, je n’hésite pas une seconde : je choisis le mec sympa”.

After au Blue Café
After au Blue Café

Mais le plus surprenant dans tout cela, c’est que dans une société dominée par le narcissisme individuel et la lutte pour la reconnaissance (cf. les travaux des ténors de la philosophie sociale, Christopher Lasch et Axel Honneth), personne ici ne cherchera cependant à être célèbre, et ce, malgré le talent qui déborde de toutes parts. Pour Ghislain, le mot d’ordre est simple : “faire des choses bien, avec des gens bien”. En clair, vivre : explorer, découvrir, construire, se soutenir mutuellement, et surtout s’amuser tout en travaillant. Comme à la maison.

Crédit photos : (c) Daily Laurel

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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