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Rendre à César ce qui est à César ? Le nouveau défi du Centre Pompidou

Rendre à César ce qui est à César ? Le nouveau défi du Centre Pompidou

13 décembre 2017 | PAR Diane Royer

Le sculpteur César est mis à l’honneur au Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, du 13 décembre 2017 au 26 mars 2018, à l’occasion de la célébration des vingt ans de la mort de l’artiste.

Cette rétrospective est une première pour le Centre Pompidou et un vœu de longue date pour son commissaire, Bernard Blistène. Celui-ci avait déjà consacré une exposition rétrospective à César, en 1993, à la Vieille Charité, à Marseille, mais le dernier hommage au sculpteur avait été réalisé par la Fondation Cartier, en 2008.

Vingt ans, le temps du purgatoire, le temps de l’émergence d’un regard nouveau sur l’œuvre de César. Ainsi, cette manifestation artistique propose-t-elle de redécouvrir la production artistique de ce sculpteur dans son ensemble, à partir de cent vingt-six pièces provenant des collections muséales et privées les plus prestigieuses.

« Recommencer n’est pas refaire » ou le musée décloisonné

À l’occasion de cette exposition, le Centre Pompidou se défait (enfin) de ses murs et recrée l’espace muséographique originel et libre pour qu’un dialogue s’établisse entre les œuvres présentées et la ville. Il s’agit également de créer des lignes directrices dans l’espace d’exposition pour faciliter les comparaisons entre les œuvres et, ainsi, montrer l’étonnante continuité des sujets de recherches chez César, tout au long de ses cinquante années de travail. L’artiste déclare d’ailleurs à ce sujet que « recommencer n’est pas refaire ».

Ce décloisonnement donne lieu à une promenade plaisante, à un incessant va-et-vient entre les œuvres de jeunesse et celles réalisées plus tardivement, jusqu’à la fin des années 1990. Une ballade enrichissante, un parcours libre qu’il serait bénéfique de réitérer pour des expositions à venir au Centre Pompidou, d’autant que le musée avait ainsi été conçu.

Détournements

Résultat des choix scénographiques, l’exposition est moins chronologique que thématique, et met l’accent sur les recherches de César concernant les matériaux, les outils et les techniques de création qu’il n’a de cesse de réinventer. L’œuvre est guidée par l’exploration de la matière.

César exploite de nombreux matériaux. D’abord, ses œuvres de jeunesse sont réalisées en fer soudé. Nombre d’entre elles rendent hommage à des artistes qui ont sans doute « formé » l’œil du créateur : Nicolas de Staël, Douglas Cooper, Edouard Manet, …. Il est regrettable que l’exposition ne présente pas des œuvres d’autres artistes ayant été une source d’inspiration revendiquée par César afin d’attester de ces influences. Torse, sculpture en fer soudé de 1954 aurait pu être comparée à la célèbre sculpture de Germaine Richier, L’eau, qui date de la même année.

L’artiste souhaite renouveler le langage de la sculpture. Pour cela, il se nourrit de nombreuses sources, comme celles évoquées plus haut, mais également de Michel-Ange et de Rodin pour une certaine esthétique de l’inachevé qu’il mêle à des courants plus contemporains tel que l’existentialisme. La diversité des influences est étonnante. À la manière des objets qu’il assemble, César bâtit ses œuvres à l’aide de l’accumulation de l’enseignement de ses mentors. Pour reprendre l’expression que Jean Cocteau utilisa pour qualifier Picasso, il est sans doute aussi un « chiffonnier de génie » réalisant d’habiles bricolages.

Le sculpteur interroge la matière et le changement d’échelle. Pour une même œuvre, le fameux Pouce par exemple, il conçoit des épreuves en bronze, en nickel, en résine et, certainement à l’aide d’un pantographe, il en réalise même en marbre rose. À l’aide d’outils et de techniques sculpturales ou empruntées à d’autres domaines, César met à l’épreuve le matériau et, à travers lui, le sujet même. Il agrandit, compresse, épand, enveloppe, … matière malmenée, expression renouvelée.

Il emploie également de nombreux outils. Si certains sont propres à la sculpture classique, le pantographe par exemple, d’autres proviennent d’autres disciplines, la presse américaine notamment.

À l’instar de l’outil, l’objet est lui aussi détourné. César lui retire sa fonction première pour l’inscrire dans son œuvre. Ce geste est caractéristique de la seconde moitié du vingtième siècle, de l’émergence de la société de consommation. Les objets semblent présents dans la majeure partie des œuvres de l’artiste, dans les « expansions » et les « enveloppages », par exemple. L’une des sculptures de cette série, de 1971 « pétrifiant » des outils dans du plexiglas, résume à merveille de l’œuvre de César.

 

Une relecture de l’histoire de l’art ?

Finalement, la diversité des techniques et matières employées exprime une relative continuité à travers la poursuite de recherches plastiques tout le long de la vie de César. Vingt ans après la disparition de César, cette exposition souhaite donc reconsidérer le poids de l’œuvre de cet artiste dans l’histoire de l’art contemporain en interrogeant l’apport de son œuvre présenté dans son ensemble.

Visuel : « Compression Ricard », 1962, Compression, Tôle peinte, 153 x 73 x 65 cm; MNAM / Centre Pompidou, Paris © SBJ / Adagp, Paris 2017 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Adam Rzepka Dist. RMN-GP

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