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Prendre (Madame) Air au Musée de la Vie romantique

Prendre (Madame) Air au Musée de la Vie romantique

29 juin 2018 | PAR Franck Jacquet

Pour sa réouverture d’été, pour redécouvrir le charme de son petit jardin et de son salon (désormais géré par Rose Bakery), mais aussi pour présenter ses récentes acquisitions, le Musée de la Vie romantique réouvre avec un parcours ponctué par les travaux d’Anne-Lise Broyer. 

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Aux œuvres du topos romantique se mêle ainsi dans un jeu de cache-cache le contemporain. Ce mélange, essentiellement composé par la photographie, et ce dans l’Hôtel Scheffer-Renan mais aussi au domaine George Sand à Nohant en cœur de Berry – la seconde partie de l’exposition est prévue à l’automne – semble bien logique au visiteur lorsqu’on prend en compte le goût des romantiques à leur couchant pour cet art alors nouveau.

Les codes du romantisme

L’écrit et le visuel se mêlent intimement à la conception même de l’exposition dont ce premier chapitre, proposé pour le Musée de la Nouvelle Athènes, s’intitule « Je vous envoie un nouveau roman ». Dans l’Hôtel, les collections permanentes sont de nouveau montrées ; quelques modifications dans l’accrochage sont perceptibles pour les habitués, notamment à l’étage. Apparemment donc, rien de bien nouveau si on met de côté la signalétique. Et pourtant, à y regarder de près, une forme sous cloche, comme une rose, avec des pattes, sombre et peut-être un peu morbide attire le regard. Elle jouxte un Redouté. Les fleurs du romantisme vont en effet du « naïf » au morbide, celui du romantisme sombre. Dans le salon – atelier, un grand paravent se dévoile via une grande photographie de l’artiste, rigoureuse et verticale, comme en écho avec le foyer au fond de la pièce. Les figures de la maison et du cercle de l’Athènes de l’époque complète par leur hauteur sociale cette mise en écho. Les salles du rez-de-chaussée présentent ainsi les photographies, les œuvres plastiques de cheveux, de papier ou d’autres matériaux au cœur des traces de la famille Scheffer. Un cas semble se détacher par rapport aux autres, au pied de la cheminée, une photographie de plumes de pan : Anne-Lise Broyer conserve ici le noir et blanc peut-être en référence aux daguerréotypes déjà connus de l’époque, mais elle réussit à rendre parfaitement le sentiment d’éclat et de vivacité des couleurs de celles-ci. Quoiqu’il en soit, l’insertion dans les collections permanentes interroge nécessairement sur les lieux communs du romantisme : le retour à la nature « sauvage » ou ensauvagée par le regard du public comme de l’esthète du XIXe siècle, l’importance des cheveux féminins dans la silhouette de l’époque, les motifs floraux, le sentiment et les sensations par les atmosphères instillées par les photographies… C’est peut-être cela ce « nouveau roman » : une relecture visuelle des collections.


L’ombre de Sand

Et dans un second temps, c’est le personnage de George Sand qui transparaît. Elle ne vécut pas ici mais elle est très présente dans les collections comme elle l’était dans l’entourage des Scheffer. Le jardin de Nohant est explicitement présenté en photographie, annonçant l’automne et le second volet de l’exposition : on pense déjà à la marre, aux paysages bucoliques et à l’univers sensible du Berry qu’elle mettait tant en avant à travers la figure du bon paysan. Ce dernier n’est pas là, mais l’écrivaine trône par son portrait et par quelques-unes de ses peintures…

Il ne faut pas oublier, pour terminer, que si d’une part le grand atelier n’est pas encore rouvert – il sera accessible à partir de la rentrée, pour la prochaine exposition temporaire – d’autre part les salles de la grande cour sont actuellement occupées par les acquisitions des dernières années du Musée. Plusieurs œuvres d’A. Scheffer sont ainsi visibles. Son entourage, notamment des peintres, est aussi présent. On peut apprécier notamment les études et réalisations préliminaires du décor de Notre-Dame-de-Lorette de P-F Delorme. Le visiteur comprend ainsi l’ancrage spatial du groupe de la Nouvelle Athènes dans ce grand quartier loti au début du XIXe siècle mais a aussi accès au premier décor d’une église qui a depuis largement été retravaillée, pour ne pas dire défigurée par les retouches successives ou des restaurations franchement douteuses.

Le petit parcours incrustant les œuvres photographiques notamment dans l’univers habituel de l’Hôtel Scheffer-Renan ne dénote donc pas ; il est certes esquissé par petites touches, mais il ne dénote donc pas et ne constitue en aucun cas une juxtaposition dénaturant l’ambiance que les habitués du lieu apprécient tant. Une réouverture mezzo voce donc, mais toujours agréable et porteuse de sensations. Il est visible jusqu’à la fin du mois de septembre, avant qu’Anne-Lise Broyer n’investisse le beau manoir de Nohant.

Informations :

Madame Air chap. 1. Je vous envoie un nouveau roman 22 juin – 23 septembre 2018 musée de la Vie romantique – Hôtel scheffer-renan 16, rue Chaptal – 75009 Paris t. 01.55.31.95.67 – du mardi au dimanche de 10h à 18h Fermé le lundi, 25 décembre et 1er janvier

Plein tarif : 8 e tarif réduit : 6 e Gratuit : jusqu’à 17 ans inclus – accès/transports Blanche, Pigalle saint-Georges Bus : 67, 68, 74

chap. 2. Laissez verdure… 6 octobre – 2 décembre 2018 domaine de George sand

Domaine de George Sand 2, place Sainte Anne 36400 Nohant-Vic Renseignements au 02 54 31 06 04 – Tarifs Plein tarif : 8 f Tarif réduit : 6.50 f

Ouvrage / fin 2018 — Journal de l’œil (Les Globes oculaires), 130 photographies et des textes inédits de Muriel Pic, Yannick Haenel, Mathilde Girard, Bertrand Schmitt et Léa Bismuth. • exposition / été 2018 — Regards de l’égaré (Troisième chant), Musée des Beaux-Arts de Mulhouse dans le cadre de la Biennale de la photographie, Commissariat Anne Immelé.

Infos pratiques

Apollo Théâtre
Auditorium de Lyon
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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