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Position latérale de sécurité : Critique de la Violence à Bétonsalon

Position latérale de sécurité : Critique de la Violence à Bétonsalon

30 janvier 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce mardi 29 janvier, Bétonsalon vernissait l’exposition « Position Latérale de Sécurité » qui dure jusqu’au 20 avril. Une composition percutante d’artistes souvent à peine trentenaires et réunis sous le sceau de la réflexion sur la violence – intime, comme politique.

A noter : si vous avez raté le vernissage hier, ne manquez pas la rencontre du 30 janvier; de 18h à 20h, vous verrez à Bétonsalon les artis­tes Dala Nasser, Rehana Zaman et le collectif Liverpool Black Women Filmmakers.

Dans cette exposition très intelligemment agencée et qui a su appeler à créer des œuvres ad hoc et in situ, Bétonsalon propose une réflexion d’autant plus percutante qu’elle est hors des sentiers battus sur la violence. Le titre donne déjà comme une ironie : à la fois très administrative, geste qui classe et qui sauve néanmoins, la position latérale de sécurité mêle le plus intime : le corps, des orifices, ses fluides et le plus politique sous le sceau terrifiant de la violence. Un sabbat d’autant plus maîtrisé que les œuvres aux influences aussi subjectives es qu’internationales dialoguent entre elles.

Une sorte de tapisserie figée de la plasticienne libanaise Dala Nasser avec du Sumac, de la menthe et de la résine, nous accueille auprès un petit texte complet de présentation. Tout de suite le familier croise le malaise. A côté, la vidéo de Patrick Staff « Depollute » envoie du texte comme des couteaux et dépeint toutes sites d’injections et incisions dans le corps de manière d’autant effroyable que c’est abstrait. En tournant au coin, l’on se laisse happer par des vidéos beaucoup plus figuratives de mise en question d’elle même et de son frère par la britannique Georgia Lucas Going. Toujours côté vidéo, celle du centre, nous imposent de nous pencher pour suivre sur trois écrans l’épopée vidéo un peu fuyante et mystérieuse « How does an invisible boy disappear » des Liverpool Blackwomen filmmakers et Rehana Zaman.

Enfin, l’on sait que la performance sait mettre mal à l’aise, quand on observe les restes avec l’œuvre Cuir et peau suspendue de l’iranien Hamid Shams et son ambiances back room qui évoque bien du passage avec trois photogrammes colorés, sur les traces des visiteurs de l’exposition Artagone, qui a eu lieu à Pantin l’an dernier. Le BDSM est à la fois violence et réparation de la violence dans cette œuvre de l’abstrait !

Autour, théâtrale avec sa colonne, sculpturale et graphique, L’étude pour la main au cul de Adrian Mabileau Ebrahimi Tajadod est une installation cinétique et colorée qui joint deux bas reliefs quasiment anciens de scène sexuelle gay par une installation sonore de tondeuses. Tondeuse qu’on retrouve au plus près d’un crâne dans une des trois toiles très réalistes de Xinyi Chen. Ces dernières entrent également en résonance avec les huiles tout aussi figuratives mais d’un symbolisme intime et douloureux proposées par l’israélienne Nathanaëlle Herbelin.

Toujours dans une mise en scène réflexive de la violence, le grand rideau de coton en colère, blanche bleue et noire de Thelma Capello égrène un poème dans une veine naïve pour répondre au panneau d’affiches performatives de Kameelah Janan Rasheed « Selling my black rage to the highest bidder ». On sort de l’exposition avec envie d’appeler le numéro américain et de payer très cher cette rage et notre fascination pour une violence qui est souvent destructive mais aussi parfois – et souvent avec les artistes- moteur.

Visuels: visite (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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