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Pop Art : Une exposition aussi iconique que pédagogique au Musée Maillol

Pop Art : Une exposition aussi iconique que pédagogique au Musée Maillol

21 septembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 21 janvier, le Musée Maillol expose une soixantaine de pièces majeures des collections du mythique Whitney Museum de New-York. Dans une scénographie « white cube » de Hubert Gall, avec génie, pédagogie et vision, l’exposition Pop Art donne à voir l’Amérique des années 1960 par ses artistes les plus connus (Warhol, Rauschenberg, Johns, Wesselmann, Lichtenstein) et révèle la portée d’autres pop-artistes moins connu(e)s (Segal, Drexler, Stevens Wesley, Edgerton, D’Arcangelo…). Une immense exposition.
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Crée en 1914 comme un studio défendant les artistes américains par la sculptrice Gertrude Vanderbilt Whitney, le Whitney Museum a pris ses quartiers du West 54th street en 1954. Ses collections sont riches de 23 000 œuvres d’artistes américains des deux derniers siècles. Choisir soixante pièces et les exposer comme « Pop Art », c’est pour le Whitney simplement raconter son histoire : celle d’artistes américains qui se sont faits caisses de résonance de leur société. Le challenge est immense et le défi parfaitement relevé à travers une exposition thématique brillante qui fait non seulement découvrir aux visiteurs d’autres grands talents du Pop Art, mais qui révèle le mouvement sous une nouvelle lumière, limpide et passionnante.

L’on commence comme toujours au Musée Maillol à l’étage et avec deux figures tutélaires : Lichtenstein et Rauschenberg, mais sous des angles bien spécifiques puisque Roy Lichtenstein explicite par sa Girl in the Widow son rapport aux maîtres anciens, des flamands à Matisse, tandis que Rauschenberg est placé dans l’interstice qu’il avait pointé entre l’art et la vie, là où le drame arrive, notamment avec son Modern Inferno publié dans Life en 1965 pour les 500 ans de l’Enfer de Dante. Sous le titre « lieux communs », on retrouve certaines préoccupations communes à tous mais bien exprimées par Jasper Johns quand il disait « Je ne veux pas que mon œuvre serve à divulguer mes sentiments ».

Dans le blanc immaculé, les pièces modernisées de la rue de Grenelle suivent ce précepte en nous invitant à aller « au-delà des apparences » et en nous conviant à tout un univers de découverte. La grande salle suivante permet en effet de redécouvrir des artistes du Pop Art un peu oubliées. Avec là encore un point de vue clair et tenu : passionnés d’icones de la culture de leur époque, les artistes pop étaient en fait plus abstraits que figuratifs. Les jeux d’autoportraits et de portraits de Jim Dine et de Allan d’Arcangelo (géniale Jackie O sans visage avec sa fille !), aussi bien que les expérimentations photographiques sur la vitesse de Harold Edgerton et les panoplies militaires de John Wesley dépassent l’idée d’icône en allant vers l’idée. L’idée c’est aussi ce que transmettent les corps du Pop Art, tant sous l’œil joueur de Tom Wesselman qu’avec les pin-ups attaquées par des oiseaux de Mel Ramos ou le père-patriarche mis en cause par May Stevens. Là encore, sous la courbe sexy, il faut lire un message, même quand Marilyn est présente et qu’elle court pour échapper à la mort (Rosalyn Drexler, 1963).

Avec une citation géniale de Andy Warhol « Croyez-vous au rêve américain ? Non mais je crois que l’on peut en tirer profit », le rez-de-de chaussée offre d’abord un panorama de la manière dont le Pop Art a révélé le matérialisme et « l’envers du décor » américains. Aux côtés des paysages faussement sauvage et très urbains de James Rosenquist et Robert Indiana, la transsubstantiation du solide en liquide et vice-versa de Claes Oldenburg est très présente. Un film bien sélectionné de Robert Hughes « The shock of the new » permet de mieux comprendre Rauschenberg, Warhol, Lichtenstein, Rosenquist et Oldenburg. Ruscha est aussi présent notamment avec son tableau qui joue sur le logo de la Fox. La manière pop de questionner la réalité est reprise en flambeau par les portraits d’Alex Katz et une installation géniale et plus vraie que nature de George Segal qui met en scène un arrêt de bus.

L’on finit l’exposition par un salle d’une dizaine de Warhol de toute beauté et cette dernière note de l’exposition est à l’aune de tout le reste : on comprend de manière lumineuse et par ses œuvres combien Warhol incarne tout le Pop Art à lui-seul et pourquoi, s’il ne devait en rester qu’un seul, ce serait et d’ailleurs c’est, l’artiste que l’on expose !

Belle, lumineuse, riche en découvertes, précise dans son message et enthousiasmante sur les enjeux de civilisation qu’elle soulève, l’exposition Pop Art au Musée Maillol et tout simplement incontournable, que vous aimiez le Pop ou pas, que vous connaissiez bien ou pas du tout le mouvement, vous en sortirez plus riche et plus à même de réfléchir sur notre civilisation actuelle.

Exposition « Pop Art – Icons that matter. Collection du Whitney Museum of American Art » | Musée Maillol from Culturespaces on Vimeo.

visuels :
1. Roy Lichtenstein, Girl in the Window, 1963 (c) estate of Roy Lichtenstein New York, adagp Paris, 2017
2. Allan d’Arcangelo, madonna and child, 1963, (c) adagp Paris, 2017
3. Ed Ruscha, 20th Century Fox, (c) adagp Paris, 2017
4. Mel Ramos, Tobacco Rhoda, 1965, (c) adagp Paris, 2017

Infos pratiques

Musée Gaumont
Beaux Arts (Bordeaux)
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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