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[Photaumnales 2015] Le passé se fait écho

[Photaumnales 2015] Le passé se fait écho

24 septembre 2015 | PAR Alice Aigrain

Fini de danser le Rock n’roll, de jouer les hystériques devant son idole, de se transformer en sosie d’Elvis, de s’adonner à la défonce récréative, de glorifier le marginal et le trash. Cette année les Photaumnales propose un angle bien plus sage, mais au moins aussi passionnant. Avec cette 12e édition, le festival de photographie de l’Oise propose un dialogue entre la création photographique présente et passée. Intitulé « En écho », le festival s’organise autour de divers lieux et expositions explorant chacun à leur façon cette thématique, avec pour figure de proue Hippolyte Bayard.

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Expérimentations (Photo) Sensibles 

Le grand moment de ce festival est sans nul doute la première partie de l’exposition, qui se tient à la galerie nationale de la tapisserie. Avec pour fil rouge l’album d’essais de Bayard, datant de 1839 – soit l’année même où le daguerréotype est montré à l’Académie des sciences -, l’accrochage propose une variation autour du thème de la photosensibilité. Photosensibilité qui est à la base du procédé de la photographie, puisque ce sont par les recherches sur les composés chimiques sensibles à l’exposition à la lumière qui ont permis de fixer des images sur différents supports. Luce Lebart, directrice des collections de la Société Française de Photographie (SFP), entend montrer le travail d’Hippolyte Bayard – qui l’a précédée dans ses fonctions à la SFP –  d’avant l’œuvre qui le rendra célèbre, Le Noyé. Dans cette œuvre, Hippolyte Bayard, désespéré du manque de reconnaissance pour son invention, se mit en scène en noyé pour alerter l’opinion sur son sort. De celui-ci sont exposées les expérimentations chimiques. La partie « taches et traces : premiers essais photosensibles » est donc la pierre angulaire autour de laquelle s’organise l’exposition. Avant la salle consacrée à ses essais de positif direct sur papier se trouve les travaux de Marja Pirilä sur la camera obscura. En réactualisant la technique à l’origine de la photographie, le visiteur en comprend l’aspect mécanique à travers des installations et des réalisations artistiques contemporaines de grande qualité. Après les essais photosensibles rassemblés par Luce Lebart, l’exposition se poursuit par les travaux d’une dizaine d’artistes contemporains dont la production se centre sur l’expérimentation de la photosensibilité. De ces photographes nous retiendrons les œuvres de Jean-Pierre Sudre : des photographies de cristaux dont l’aspect abstrait est d’une poésie rare. Un dialogue se met d’ailleurs en place entre ces abstractions photographique et celles qui se dévoilent dans l’installation de Pascale Peyret qui montre des écrans à cristaux liquides cassés et rebranchés. Celles de Muriel Bordier nous transportent aussi, et son travail sur le déguisement d’anonymes du XXIe siècle en Indiens d’Amériques démontre l’historialité de la technique photographique, et il est ardu pour le spectateur qui vit un « collapse temps » de se convaincre que ces photographies sur collodion humide sont bien datées de 2013.

Les jardins d’Hippolyte

Le rapport entre le patrimoine et la création se retrouve comme fil rouge de l’exposition du Musée de l’Oise : « A chacun son jardin, une passion d’artistes ». En collaboration avec le musée d’Orsay, le parcourt muséal propose d’étudier le rapport des photographes et artistes à la nature à travers le jardin. Permettant de répondre à la contrainte du temps de pose des premières photographies au XIXe siècle comme à la volonté de choisir un sujet sensible et artistique, le jardin est un motif récurrent de la création photographique ancienne. Ce dernier, mettant en abîme le rapport entre l’homme et la nature si centrale dans le mouvement du romantisme picturale qui se développe dans les mêmes années, est connoté de divers symboles et sens. La présentation de photographies d’Hippolyte Bayard, d’Henri-Victor Regnault ou de William Henry Fox Talbot semble faire écho à des recherches plus contemporaines sur la représentation du jardin et de la flore. Ainsi le travail de Paul den Hollander dans Voyage Botanique sur la transmutation d’herbier scientifique en œuvre artistique à l’esthétisme recherché par le biais de la photographie marque cette exposition. Tout comme le rapport de ces œuvres avec les herbiers photographiques de la botaniste Anna Atkins, qui, quant à elle, par l’apposition de végétaux directement sur le papier photosensibilisé, utilise la photographie à des fins plus scientifiques qu’artistiques.

Ravage du temps et de l’histoire

Notons également la présence de deux autres expositions. Tout d’abord la seconde partie de la galerie nationale de la tapisserie est consacrée à l’exposition de photographie des archives du ministère de la reconstruction et de l’urbanisation sur l’Oise. Faites par des fonctionnaires afin de noter les destructions de la guerre puis pour documenter les reconstructions provisoires puis définitives, ces photographies ne se démarquent pas par un parti pris esthétique. Ainsi l’exposition a un intérêt avant tout pour l’histoire régionale, mais certaines photographies ressortent du lot par la puissance de leur composition et du cadrage. Les œuvres dialoguent assez bien avec les œuvres de l’artiste Hongkongais Almond Chu, qui a photographié les destructions causées par un tremblement de terre au Wenchuau. Tandis que le reportage photographique de Martin Becka semble faire le lien entre les deux parties de l’exposition de l’institution. En effet son travail étudie les mutations de Dubaï dans sa construction effrénée de bâtiments tout en utilisant la technique du tirage contact sur papier salé, technique du XIXe siècle développée par Hippolyte Bayard. Cependant, cette partie de l’exposition, bien que reprenant l’idée de l’écho entre la photographie passée et présente, semble moins cohérente dans son accrochage et moins didactique pour le visiteur. Le petit accrochage de quelques œuvres de Sylvie Meunier dans le bistro associatif l’Ecume des jours, mérite le détour. « Avant que tu ne disparaisses » est un travail sur l’effacement de l’image photographique par le temps, et sa réactivation au présent. En prenant des photographies d’identité de studio du XIXe siècle, effacées par le temps, elle interrompt le processus du temps en les sérigraphiant sur une crêpe et un organza de soie transparent. Pourtant par ce choix de support, elle fait de la fragilité et de l’effacement le sujet principal de son travail. Créant ainsi des portraits flottants de format à échelle 1/1, elle permet la rencontre frontale entre le spectateur et les personnes portraiturées disparues du papier comme de la surface de la terre.

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Visuels © Diaphane

Hippolyte Bayard, Album d’essais, 1839. Collection Société française de photographie
Marja PIRILÄ, Camera obscura /Alvar and Eerik, Rovaniemi, Finland, 2013
Jean-Pierre SUDRE, Paysage Materiographique,1987
Pascale PEYRET, Holomorphie #01, 2013
Muriel BORDIER, Territoires d’expériences
Paul den HOLLANDER, Luminous Garden
Paul den HOLLANDER, Voyage Botanique
Almond CHU, Ruined City
Martin BECKA, The Gate Area, 2008,  série Dubai Transmutations
Sylvie MEUNIER, Avant que tu ne disparaisses

Infos pratiques

Paris-Pondy-Chéries
Panic Room
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