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Le parallélisme de Ferdinand Hodler exposé au Musee Rath [Genève]

Le parallélisme de Ferdinand Hodler exposé au Musee Rath [Genève]

27 avril 2018 | PAR Yaël Hirsch

A l’occasion du centenaire de la mort de Ferdinand Hodler, Genève, la ville où il s’est éteint célèbre cette grande figure de la peinture. En parallèle à l’exposition Hodler in the Fine Art Galleries au Musée d’art et d’histoire (MAH), Hodler //Parallélisme expose le théoricien autant que le peintre.

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Joliment annoncée par un graphisme travaillé, l’exposition se propose donc d’éviter le chronologique ou le thématique pour faire un portrait de Hodler conforme à à théorie. En partenariat avec des collectionneurs privés et le Kunstmuseum de Bern, c’est donc selon « La mission de l’artiste » (conférence donnée à Fribourg en 1897) que le musée Rath se propose d’exposer. Or la parallèle est la manière dont Hodler voulait accomplir cette mission pour « exprimer l’élément éternel de la nature, la beauté, d’en dégager l’essentiel ». Une maxime qu’il a transformée en école, parfois admirée aussi parfois moquée et qui est restituée au visiteur en même temps qu’il découvre ou redécouvre les toiles. La première salle est consacrée au parallélisme dans la nature avec des toiles aux couleurs saisissantes ou le ciel fait effet miroir (Le lac l’élan depuis chexbres) et où dans la forêt les écoulements répercutent les feuilles des arbres. Le parallélisme des groupes composés de la salle suivante est une analyse des foules à l’aube de la théorie d’Hodler. Que les groupes soient composés de trois personnes aux attitudes symétriques ou de corps militaire, la ligne de la toile vient toujours trancher la sociabilité d’échos. La deuxième grande salle propose une vision presque de mécanique des grandes figures peintes par Hodler.

Son Bûcheron (1910) fait figure d’Angelus dont la gravité circonscrirait lattitudeclsborieuses de forces. Les aplats de couleurs sont toujours là et le dessin est pur et poignant. En face un Autoportrait furieux bien antérieur (1881) est plus traditionnel mais face au bûcheron le visage de peintre prend l’aspect d’un champs de lignes soulignant le parallélisme déjà à l’œuvre. Belle et dorée et à peine posée sur le flanc d’un pouf Gertrud Muller (1911) est une égérie Art nouveau à la robe à volutes mais aux contours parfaitement épurés.

Droits comme les arbres au Paradis terrestre de Bruegel les dialogues ou communions avec la nature sont des allégories qui plantent les humains nus comme des arbres dans la nature. Après l’effort des forces, l’on passe à un champ de toiles qui oppose la verticalité et l’horizontalité. Les figues allongées sont soit lascives soit mortes et non à beau se repasser la heure du parallélisme, l’effet est petit sauf dans Le lac de Thoune (1905) rescapé de la dame des paysages et le principe fonctionne surtout en contraste avec la verticalité exposée sur le mur d’en face. Dans L’émotion (1909-11), quatre femmes se suivent comme des « i » ou des bacchantes, nous offrent leur nuque de trois quart et une procession verticale sur fonds très art nouveau de cerisiers en fleurs. Les allégories de « regard vers l’infini » sont autant de madones verticales aux yeux levés et aux robes vert d’eau très fluides. Le sein homme qui regarde « vers l’infini » droit dans nos yeux a les mains sur les seins. Jeux et fluidité de genre ? Peut être puisque à côté en épiphanie absolue, la vierge victorieuse du Chant lointain (1911) est un christ au féminin brûlante de verticalité.

Les scènes de fierté nationale suisse telles la Bataille de Morat (1917) ou le Guillaume Tell (1897) louchent, tout en lignes hautes et allongées, vers l’expressionnisme allemand. Hodler est un artiste de son temps, et qui au delà des œuvres marquant, aurait vraiment pu faire école.

visuels : affiche + L’unanimité, étude, (c) musée d’art et d’histoire de genève, photo : Y. Siza, L’émotion collzction privée suisse (c) sik-isea, Zürich.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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