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« Gestes du Contact Improvisation » à Rennes : un Musée du danser

« Gestes du Contact Improvisation » à Rennes : un Musée du danser

27 avril 2018 | PAR Claudia Lebon

Jusqu’au 5 mai, le Musée national de la danse de Rennes vous offre la possibilité de retrouver votre corps instinctif. L’exposition Gestes du Contact Improvisation est à l’image de la discipline qu’elle présente : théorie et pratique, réflexion et expérience pour mieux embrasser l’essence de cet « art-sport »pratiqué à l’international, le Contact Improvisation.

Se lancer vers l’autre, entrer en contact avec lui et improviser sa chute. Le Contact Improvisation est un contre-apprentissage de tout ce que notre corps d’adulte a intégré. Toucher l’autre, pénétrer sa sphère d’intimité. Ce geste, comme nous l’explique Romain Bigé, commissaire de l’exposition, est loin d’être anodin. Alors que le contact physique est régi par des codes sociaux très forts, les « contacteurs », comme on les appelle, évoluent dans un véritable « bain tactile » portés par ce désir de rencontre. Une rencontre vertigineuse car suivie d’une chute qui nécessite une solidarité entre les partenaires improvisant ensemble ce moment d’incertitude. Bien plus qu’une danse, le Contact improvisation est une pratique politique, résolument anarchiste.

C’est en écrivant une thèse sur la philosophie de la danse que Romain Bigé découvre cette culture chorégraphique née dans les années 1970 à New-York sous l’impulsion de Steve Paxton. Philosophe – danseur – contacteur, il a imaginé cette exposition comme une traversée des sensations expérimentées par les danseurs. Ne-pas-faire, peser/porter, tomber, jouer, dire, regarder et toucher : ces 7 gestes physiques, essentiels dans la pratique du Contact Improvisation, correspondent aussi à des états intérieurs que la danseuse américaine Nancy Stark Smith retranscrit à l’écrit, sous forme de mystérieux hiéroglyphes. Car les contacteurs sont des danseurs mais aussi des penseurs. Chose inédite dans l’histoire de la danse, ces derniers ont rassemblé leurs réflexions et leurs questionnements sur leur pratique dans un journal, le Contact Quarterly, dont les 150 numéros peuvent être consultés sur place.

Né d’un croisement entre le musée et le centre chorégraphique, le Musée de la danse de Rennes a gardé ses studios avec ses miroirs et ses barres. Il se présente comme un espace où l’on peut « penser, pratiquer et élargir les frontières de la danse », le lieu idéal pour le Contact Improvisation. Photographies, vidéos, livres et journaux, le visiteur, comme un contacteur, est invité à penser … mais aussi à faire : « Il s’agit de partager les gestes de danse avec les visiteurs, et non seulement de les donner à voir ». Retirez vos chaussures et expérimentez « la petite danse », pieds nus dans le jardin ensoleillé du musée. Un casque audio sur les oreilles, laissez-vous porter par la voix du danseur ou de la danseuse, qui vous aide à prendre conscience de « tout ce qui se passe en vous quand vous ne faites rien » : « La lumière qui touche vos paupières, le goût de l’air que vous respirez », « les mouvements réflexes involontaires qui éclosent ici et là ». Une danse méditative que l’on aimerait pratiquer tous les jours.

Penser et faire mais aussi observer : tous les jours, dans le grand studio, un groupe de danseurs s’adonnent à leur pratique. Nous assistons ainsi à ces rencontres inattendues et imprévues entre les corps. Des duos, des trios, des groupes se font et se défont. Les corps s’agglomèrent, s’entrelacent, se portent, se rattrapent, se soutiennent. Dans ces mouvements naturels non réfléchis, de vrais moments de grâce apparaissent, faisant émerger une esthétique de l’instinct. Les rires éclosent très souvent, nous rappelant que le Contact Improvisation est aussi un jeu, une sorte de retour à l’enfance qui bouscule notre inhibition.

« Le Contact Improvisation me donne des outils pour écouter le monde et les autres. » explique Alice Le Guiffant, l’une des danseuses du groupe de contacteurs, qui nous confie que cette pratique a complètement changé sa vie. Faites vous-même l’expérience de cet « art-sport » en vous rendant au Musée de la danse qui est par ailleurs très bien situé, en plein cœur du centre historique de Rennes.

Visuels © Claudia LEBON

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Une réflexion sur « « Gestes du Contact Improvisation » à Rennes : un Musée du danser »

Commentaire(s)

  • Waki

    Formidable exploration, a pleins de niveaux, que ce soit la conception de l’expo et des ateliers, dans une frontiere plus que poreuse entre les deux puisque les deux ne faisaient qu’un, que les materieux et matieres a decouvrir….

    mai 8, 2018 at 4 h 24 min

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