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[Nouvelle-Zélande] The Light show à la Auckland Art Gallery

[Nouvelle-Zélande] The Light show à la Auckland Art Gallery

07 décembre 2014 | PAR Alice Aigrain

Le Light Show n’est pas une exposition à contempler mais à vivre, et ceci se comprend dès le cartel d’entrée. « A travers des oeuvres des cinq dernières décennies, l’exposition explore comment nous expérimentons et répondons psychologiquement aux illuminations et aux lumières colorées, qu’elles soient utilisées dans des oeuvres conceptuelles ou plus politisées » nous préviennent les conservateurs. Loin d’une expérience anthropologique sur les réactions humaines face aux néons, il est certain qu’une oeuvre qui utilise la lumière inclus de fait le spectateur. Par son absence de limite et son rôle prédominant dans la perception, le spectateur est au minimum inclus dans l’espace de l’oeuvre quand il n’en devient pas l’acteur principal. Interrogeant notre rapport à la lumière artificielle si présente au quotidien, l’exposition regroupe un panel d’oeuvres qui vise à montrer les diverses approches par lesquelles les artistes ont abordé le médium de la lumière depuis les années 1960.

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L’exposition s’ouvre sur Lamentable de François Morellet, une oeuvre de 2006 qui reçoit tout de suite des « Wow » d’approbation de la part des enfants présents en nombre à l’exposition. Si une seule réaction face à la lumière devait être retenue ce serait sans aucun doute la fascination du jeune public pour ces sculptures visuelles pourtant parfaitement immatérielles. Morellet se détourne en 1960 de son médium de prédilection qu’est la peinture au profit d’expérimentations sur l’optique et la lumière. Avec Lamentable il présente un cercle de néon disloqué dans un piteux état qui pend au plafond et vient ainsi tourmenter notre perception de l’espace. D’autres oeuvres présentées semblent émaner de la même quête. C’est le cas notamment de Carlos Cruz Diez avec Chromosaturation qui grâce au placement de néons colorés transforme le traditionnel « white cube » du musée d’art contemporain en un espace où la lumière monochrome est reine. L’installation est expliquée ainsi par l’artiste « la rétine est habituée à percevoir un panel de variations de couleurs simultanément. Expérimenter cette situation monochrome cause des perturbations visuelles. »

De ces perturbations visuelles l’exposition nous emmène peu à peu vers l’illusion d’optique comme l’oeuvre de McCall You and I, Horizontal , qui à l’aide d’un rétroprojecteur crée ce qu’il appelle des « Solid-light », des faisceaux de lumières dont l’intensité est telle que cela crée l’illusion d’un mur. L’oeuvre se traverse avec la délectation de croire que l’on peut traverser les cloisons. Comme pour nous démontrer les pouvoirs de la lumière, l’oeuvre semble faire écho à celle de Olafur Eliasson qui se sert dans Model for a timeless garden d’un strombinoscope pour faire des arrêts sur images de 40 fontaines. Ainsi le spectateur peut observer l’eau comme suspendu dans le temps alors même qu’en temps normal il n’aurait vu qu’un filet ininterrompu d’eau.

Une dernière approche peut être distinguée de l’ensemble d’oeuvres présenté, celle de l’utilisation de la lumière non pas dans le but d’expérimenter formellement un nouveau médium, mais comme support pour un propos plus engagé. Parmi d’autres, nous retiendrons l’installation d’Ivan Navarro qui dans Reality show (silver) , tente de reproduire le souvenir de sa jeunesse sous un régime dictatorial. Pour cela il vous enferme dans une boite entièrement recouverte de miroirs à un côté traditionnellement utilisé dans les salles d’interrogatoire. Vous vous retrouvez donc mis en abime dans l’infinité de vos reflets, comme pris de vertige à cause du plafond et du sol composés de verre et de lumières successives. Dans ce malaise vous êtes cependant observé par ceux qui se trouvent à l’extérieur de la cabine. Nous pouvons également relever l’oeuvre de Jenny Holzer, Torse, qui s’inscrit dans ses habitudes de travail par l’utilisation de la lumière pour mettre en valeur les mots qu’elle souhaite exprimer, utilisant alors le néon pour attirer l’attention à l’instar des enseignes publicitaires.

Ainsi cette exposition présente des œuvres de grands noms de l’art optique et conceptuel, et par son interactivité elle accroche le visiteur. Nous pouvons cependant regretter le manque de théorisation et il semble qu’aucun propos ne sous-tende le choix de ces œuvres, si ce n’est de présenter un éventail de ce qui se fait en art contemporain avec pour médium la lumière. Les explications présentées en sont la preuve puisqu’elles se concentrent sur de courts commentaires de chacune des œuvres plutôt que sur une explication plus général. La scénographie se distingue par son absence de regroupement d’oeuvres, préférant mettre en avant le côté ludique de ces œuvres avec lesquelles le spectateur joue, expérimente.

Image: Jim Campbell, Exploded View (Commuters) (detail), 2011, installation view, Auckland Art Gallery 2014. Courtesy of Bryce Wolkowitz Gallery, New York and studio of Jim Campbell. Photo by David St George

Infos pratiques

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Contact : [email protected] www.poumonsvoyageurs.com

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