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Le mouvement de Jean Echenoz s’expose à la BPI

Le mouvement de Jean Echenoz s’expose à la BPI

29 novembre 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après avoir exposé Simon et Duras, la Bibliothèque Publique d’Information, qui se trouve dans le Centre Pompidou présente Jean Echenoz, roman, rotor, stator, une très belle plongée circulaire dans une oeuvre ici perçue par l’angle de sa mobilité.

Cette exposition a été pensée par les commissaires de la Bpi Isabelle Bastian-Dupleix et Emmanuèle Payen avec Gerard Berthomieu, spécialiste de langue et littérature françaises contemporaines (Université de Paris IV Sorbonne), et (surtout) amoureux fou des dix-sept romans d’Echenoz. Ce qui a intéressé le commissaire scientifique associé, c’est la façon dont ce romancier s’est amusé de la sonorité des mots. Si l’exposition se nomme « Roman rotor stator », c’est évidemment pour faire référence à un engrenage. Cette expression est présente dans le premier roman, Le méridien de Greenwich (1979). Gerard Berthomieu nous alerte en souriant : « l’univers d‘Echenoz est déprimé et déprimant ». Et il faut entendre cette mélancolie comme étant le moteur de son oeuvre. Dans une douce schizophrénie assumée tout se joue par deux en miroir. Si on louche, c’est avec un strabisme, pour regarder dans deux directions à la fois. Echenoz impose deux penchants, l’un sérieux et l’autre bouffe dans une « forme nouvelle d’inscription dans le temps ». Il y a de l’immobilité et des phrases écrites comme des partitions de jazz.

Dans une scénographie tout en cercle concentrique, les textes extraits des romans croisent des influences culturelles. Ici, Jorge Donn, en vidéo, dansant Le Boléro de Ravel, dans la chorégraphie de Bejart pour Les Uns et les Autres de Claude Lelouch, là les mains de Thelonious Monk.

Que l’on ait lu ou pas Echenoz importe peu. L’exposition donne envie de devenir boulimique et de combler ses lacunes. Ici, il y a en pour tous, les spécialistes et les néophytes. On découvre un impulsif, fou de documentation, pour qui une image peut déclencher un récit. Et cette documentation-là disparaît dans l’écriture de ces romans faits comme une machine. Gerard Berthomieu rappelle « Ces Romans sont fait pour nous perdre et nous donner du coup un sentiment de liberté. »

L’axe de Jean Echenoz, roman, rotor, stator est très chorégraphique car Echenoz s’est beaucoup amusé des répétitions et autres allitérations. Il décroche un mot comme on déhanche, il parait que cela s’appelle « Le zeugme ». On rit beaucoup de son cynisme espiègle. Il fallait tout de même oser parodier Flaubert et Echenoz l’a fait.

Cette belle exposition s’accompagne de lectures de textes qui seront faits par les élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, notamment, celle du 5 février se fera en présence d’Echenoz.

Tout le programme de ces rencontres et lectures est ici.. A ne pas rater, la master-class que donnera Gerard Berthomieu le 14 février, sur les figures de style.

Crédit photographique : © Roland Allard

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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