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« Les fantômes d’Orsay » : Sophie Calle rassemble l’hôtel et le musée, 40 ans après

« Les fantômes d’Orsay » : Sophie Calle rassemble l’hôtel et le musée, 40 ans après

15 mars 2022 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 12 juin, Sophie Calle investit le Musée d’Orsay dans une œuvre totale qui fait le grand écart des temps entre 1978 et nos jours. Rendez-vous est pris, avec Oddo, chambre 501. 

SOS fantômes

C’est sur proposition de Donatien Grau, conseiller pour les programmes contemporains au musée d’Orsay, et en collaboration avec l’archéologue Jean-Paul Demoule, que Sophie Calle a réinvesti l’hôtel d’Orsay, ce palace situé à côté de la gare en ruine avant les travaux qui ont conduit à la construction de notre grand musée. Orsay, c’est évidemment quelques années avant, le retour des déportés, c’est aussi le Théâtre de Jean-Louis Barrault ; c’est également là que Janine Roze a lancé ses concerts du dimanche matin… Que de fantômes donc… Celui de Sophie Calle s’appelle Oddo, l’employé fictif de l’hôtel en ruine où Calle s’est établie en 1978, dans la chambre 501, lors d’une performance et d’un moment de vie in situ, recevant alors ses amis, et fouillant les décombres de l’hôtel…

Une scénographie qui défie l’archéologie

Plus de quarante ans après, ce qu’il reste de ce travail dans un lieu en ruine est un concentré d’archéologie : un carnet de comptes à carreaux que Sophie Calle éclate et met sous verre pour en faire une œuvre, quelques photos d’époque, les plus passionnantes étant celles des chambres du personnel où restaient des affiches, un portrait de l’artiste dans la chambre 501 et quelques objets (des clés…). À ceci s’ajoutent des pages de journal (en noir) sur lesquelles Calle écrit aujourd’hui, toujours à la verticale en affiches au mur, à l’encre bleue. Et puis quelques photos prises aujourd’hui, de nuit, dans un noir velouté et voluptueux à la Caravage des grandes œuvres canoniques du musée.

Tout ceci s’étale sur des murs gris : dans la première salle plus tournée vers le passé, le gris est un papier peint très Belle Époque qui imite celui de l’hôtel, avec une petite encoche pour le QR code (qui permet les sous-titres en anglais). Dans l’autre salle, cela laisse la place, sur un long mur, aux photos contemporaines. Le dernier cliché est celui, clair-obscur de Sophie Calle, elle même fantôme d’Orsay, qui éclaire à la lampe-torche un grand paysage de neige éternelle. So long, dear Oddo, voyagez bien à travers le temps, et merci Madame Calle pour cette excavation extravagante.

Visuels : Sophie Calle, Orsay, 1979 Photo © Richard Baltauss, Sophie Calle, Orsay, 2020 Photo © musée d’Orsay / Sophie Crépy, Sophie Calle, Orsay, 2020 ©musée d’Orsay / Sophie Crepy

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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