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« L’Envol du Dragon » : l’art du Vietnam s’invite au Musée Guimet

« L’Envol du Dragon » : l’art du Vietnam s’invite au Musée Guimet

09 juillet 2014 | PAR Géraldine Bretault

Dans le cadre de l’année croisée France-Vietnam, le Musée Guimet accueille 89 pièces du Musée national d’Histoire du Vietnam de Hanoi au sein d’une exposition consacrée au dragon. Un fil rouge réjouissant, qui permet de redécouvrir la riche histoire de ce pays et ses liens pluriséculaires avec la Chine.

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Aux antipodes du dragon occidental maléfique, force chtonienne brute juste bonne à cracher du feu, le dragon asiatique est une créature indissociable de l’eau, sous toutes ses formes. Il semble aussi à son aise dans les flots de fleuves bouillonnants que tapi au creux de grottes humides ou encore dans les airs, flottant sur des nuages chargés d’humidité. C’est bien cette créature, proche du crocodile ou du serpent à l’origine, que le Vietnam découvre dès le Ve siècle avant notre ère à travers l’influence du Yunnan voisin.

Un dragon facétieux, plus occupé à jouer avec une sempiternelle perle qu’à effrayer les représentants de l’antique civilisation de Dong Son. De fait, le dragon oriental est indissociable de la symbolique chinoise du Yin et du Yang, qui imprègne fortement les premiers siècles des cultures vietnamiennes. Il faudra cependant attendre l’an 939 pour que le pays s’émancipe enfin, avec la première grande dynastie des Ly.

C’est toute l’histoire d’un peuple résolu à conquérir sa pleine autonomie que nous conte cette exposition soignée. Le visiteur est invité à s’imprégner de cette fresque historique au regard de pièces remarquables par leur autonomie, en dépit de leurs indéniables influences extérieures. Ainsi, après une première période de sinisation grandissante, racontée dans une salle rouge sombre, le visiteur pénètre dans une longue salle lumineuse, qui fait la part belle à l’érection de Thang Long, capitale des Ly, « ville du dragon qui s’élève ».

Peu de traces d’architecture, en revanche, puisque le matériau de construction privilégié était le bois laqué, et que les nombreux combats livrés contre la Chine ont eu pour conséquence de fortes destructions. La porcelaine chinoise a quant à elle exercé la même fascination au Vietnam que partout ailleurs : on découvre son succédané local, une porcelaine bleu et blanc où règne le dragon du cru, révélatrice d’une technique certes inférieure mais non dénuée de charme.

La troisième partie de l’exposition est de nouveau plongée dans une certaine pénombre, puisque les objets de la période suivante (XVIIe, XVIIIe siècle) sont essentiellement rattachés au bouddhisme, et proviennent pour la plupart du mobilier religieux des temples. Cette fois, le dragon se rapproche des serpents naga qui protègent l’enfant Bouddha, et se niche sur les piédestaux des statues, sous les feuilles de lotus. On méditera au passage devant la très belle statue aux mille bras de Quan Am, longtemps conservée parmi les œuvres chinoises du musée Guimet alors que son origine vietnamienne est désormais attestée.

Mais c’est bien l’importance de la maîtrise des eaux qui explique la permanence de cette créature au pinacle du bestiaire local : le dragon est désormais confondu avec le pouvoir impérial, dans la mesure où l’empereur préside à la maîtrise des fleuves par le biais de l’endiguement et de l’irrigation. Ainsi, la dernière grande dynastie impériale des Nguyen fera du dragon son sceau et son signe de reconnaissance. Pour cette occasion prestigieuse, le musée de Hanoi a même accepté de se séparer du magnifique trésor impérial de la dynastie, dont les nombreux regalia ont été sauvés comme par miracle des déprédations du régime communiste.

À la sortie de l’exposition, une dizaine de photographies du fonds Suzanne Held légué au musée Guimet, datant des années 1990, évoquent la majesté des paysages vietnamiens. Et l’on ressort avec l’impression de mieux connaître un pays trop souvent regardé à travers le prisme de la colonisation française.

Une exposition riche, généreuse par ses cartels développés et ses textes sur les cimaises, qui laisse entrevoir son fondement archéologique : on mesure ainsi l’évolution des conditions de fouilles depuis les premières caisses ayant servi à recueillir les fragments exhumés au tournant du XXe siècle à une vidéo qui narre les fouilles maritimes d’une jonque du XVIe, retrouvée au milieu des années 1990 au large de l’île de Cu Lao Cham.

Visuels : © D. R. / Thierry Ollivier

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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