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« Le surréalisme et l’objet » au Centre Pompidou, une porte ouverte sur l’inconscient

« Le surréalisme et l’objet » au Centre Pompidou, une porte ouverte sur l’inconscient

15 novembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’exposition « Le surréalisme et l’objet » orchestrée à Beaubourg par Didier Ottinger est d’une pertinence féroce. Historique sans être chronologique, elle vient creuser les réflexions sur le mouvement phare du XXe siècle dans une démarche psychanalytique : quête de l’objet et mises en abîmes muséales sont au rendez-vous.

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Il y a le contenu, superbe, qui vous fera entrer par Duchamp pour ressortir, 200 œuvres plus tard, par Miró. 50 ans séparent leurs créations. En 50 ans, l’identité du surréalisme a changé, il est moins militant. Le postulat brillant de l’exposition est de dire que, dès 1927, sous l’influence d’André Breton, l’utilisation de l’objet – entendez ici les ready made comme la sculpture – sont un support à la projection de l’inconscient. Se faisant, le mouvement surréaliste vient rebouter les arguments anti-Freud : oui, le rêve peut se nicher dans un fer à repasser, car chez Man Ray, le nom « cadeau » vient s’y coller.

Didier Ottinger choisit de nous perdre comme dans un songe. Les cloisons sont comme au théâtre faites de rideaux semi-opaques qui laissent entrapercevoir sans les distinguer les silhouettes des visiteurs. Une grande allée porte des noms de rue au sol et ses murs sont emplis de photos, notamment celles de Cindy Sherman, qui présentent des poupées pornos. La poupée est le fil conducteur de l’exposition. On la retrouve chez Chirico, chez Bellmer, et elle sera un exercice imposé de l’exposition internationale du surréalisme en 1938 à laquelle participe notamment Duchamp.

Un cartel cite Freud : « étrange étrangeté ». C’est cette double entrée qui saisit le visiteur quand, au fur et à mesure de sa déambulation, il est pris par le son du film Luis Garcia Berlanga, Tamaño natural, où Michel Piccoli entretient une relation passionnée et dérangeante avec un mannequin de cire grandeur nature.

Et cette mise en situation du visiteur est apte à entrer dans les œuvres de façon scientifique. C’est un cours d’histoire de l’art absolument magistral qui s’offre à nous devant la reconstitution de plusieurs événements-clés dans l’histoire du surréalisme : l’exposition internationale du surréalisme en 1933, l’exposition surréaliste d’objets en 1936, l’exposition internationale du surréalisme de 1938, le surréalisme en 1947 et la huitième exposition internationale du surréalisme.

Les vitrines de la galerie Raton qui font se côtoyer « Ma gouvernante » de Méret Oppenheim qui présente des souliers renversés et ligotés et un Perisphinctes plicatilis oxfordien daté d’environ 160 millions d’années, font surgir l’idée que l’objet, réel, trouvé ou créé, est un « agent efficace d’une subversion poétique ». Plus loin, au milieu des Calder, un bec à gaz rouillé devient sublime en étant nommé par Picasso Venus au gaz en 1945. Dans l’avant-dernière salle, la fausse jeune femme de Chléa nous attrape, on la croit réelle. Elle regarde comme nous, le défilé des photographies prises par Man Ray des œuvres de Miró,Dali ou Max Ernst.

L’actualité du surréalisme et dite dans l’absolue maitrise de ce qui deviendra au XXIe siècle l’art de la performance et de l’installation où comme au siècle précédent, la réalité se décale pour devenir obsédante.

Visuels : ©

Chléa, 2013
DreamDoll création
Silicone, 165 cm
Courtesy dreamdolldiffusion.com

Pablo Picasso
Vénus du gaz, 1945
Brûleur d’un fourneau au gaz
25 x 9 x 4 cm
Collection particulière
© Succession Picasso, 2013

Hans Bellmer (1902 – 1975)
La Poupée
1935 – 1936
Bois peint, papier mâché collé et peint, cheveux, chaussures, chaussettes
61 x 170 x 51 cm
Objet articulé (avec éléments de 1933-1934), additions et réfections en 1945 et 1970-1971
Don de l’artiste à l’Etat, 1972
Attribution, 1976
Numéro d’inventaire : AM 1976-927


Le Surréalisme et l’objet – du 30 octobre 2013… par centrepompidou

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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