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L’atelier des artistes en exil donne sa vision du mot « confinement ».

L’atelier des artistes en exil donne sa vision du mot « confinement ».

18 décembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La 4e édition du festival Visions d’exil, a été suspendue à 48 heures de son lancement. Elle devait se tenir dans une multitude de lieux et proposer de nombreuses performances. Nous avons eu la chance immense de pouvoir visiter l’exposition qui est au cœur du festival, D’un confinement à l’autre, qui si tout va bien pourra rouvrir en janvier. En attendant, elle se découvre en ligne ici :

D’un confinement à l’autre, exposition du 6 nov. 2020 au 6 févr. 2021, au Pavillon Carré de Baudouin, Paris from L’atelier des artistes en exil on Vimeo.

L’atelier des artistes en exil : un cocon

Ils sont plus d’une centaine à faire partie de cet atelier un peu particulier puisqu’il fait déborder la notion de résidence. Le lieu situé 6 rue d’Aboukir, à Paris est un lieu de création, d’accueil, mais aussi d’accompagnement administratif. Un refuge en quelque sorte pour ceux qui ont subi l’exil. Le mot est pluriel en lui-même. Fuir en un jour, préparer son départ. Partir pour des raisons politiques ou parce que la guerre ne laisse pas le choix. Partir parce qu’être une femme ailleurs est encore plus aride qu’ici en Europe, où tout n’est déjà pas simple. C’est un outil unique et précieux qu’offre l’atelier en permettant aux artistes de redevenir, justement, des artistes, en leur laissant le temps et la disponibilité pour penser et créer.

Une exposition comme une histoire sans fin

Au carré Baudoin, dans le XXe, dort gentiment cette belle exposition qui aurait dû ouvrir en novembre, et qui devrait rouvrir en janvier. Rien n’est moins sûr. Ce parcours devait donc se tenir au centre d’un festival, Visions d’exil. Finalement tout se fait, pour le moment, en ligne, et vous pouvez d’ailleurs revoir ici des rencontres et des performances qui ont été tournées ces derniers jours.

Le fil conducteur était simple : entendre et voir ce que des artistes qui avaient souvent vécu un confinement dans leur pays d’origine avaient à dire des confinements européens. Mais voilà, ce qui devait se jouer au passé est ultra actuel puisque le temps est arrêté. Et que ce sont figés les deux grands axes de cette exposition : le féminisme et les différentes formes de chaos dialoguent à merveille.

Par exemple, Duaa Qishta est palestinienne. Et, à Gaza les femmes n’ont pas le droit de faire du vélo. Pour elle, faire du vélo est le synonyme de liberté. Quand, lors du premier confinement, elle ne pouvait plus, à Paris, circuler comme elle le voulait, cela a résonné. Ses toiles la représentent, à vélo, dans les rues de Gaza, planquant ses cheveux sous un hidjab et son corps sous une grande tunique dont s’échappent ses jambes portant un treillis et ses pieds des escarpins ou du vernis à ongles bien rouge. Les deux peintures sont devancées par son vrai vélo retenu par une pierre.

Bien plus loin dans le parcours, on entre dans une salle dédiée aux violences faites aux femmes où se trouvent des photographies et une installation. Les photographies sont un documentaire de Sarah Farid. À l’occasion d’une manifestation contre les féminicides, elle a réalisé un reportage et montré le combat des survivantes et témoins. Le réel fait place dans le même espace à une fiction qui prend la forme d’une reconstitution. Alaa Sndyan est scénographe. Elle a placé au cœur de la salle un immense lit rempli de charbon ardent. Le symbole est celui du foyer qui peut être un enfer. Sur les murs, Sarah Farid a travaillé en studio pour photographier des volontaires, et les maquiller comme si elles venait d’être frappées. 

Une autre résonance des confinements est à la fois une forme de chaos et une réelle incompréhension.

Du côté de l’absurde, Rezvan Zahedi tape fort. Elle a gardé ses 50 attestations et a dessiné dessus un chemin inextricable et des personnages patibulaires. Normalement photographe, elle a fait du dessin pour changer de medium. Ce changement de medium on le retrouve également chez Oroubah Dieb qui fait de subtils petits collages. Mais, quand elle était en Syrie, elle faisait de la sculpture monumentale avant d’être enfermée chez elle. Tout aussi absurde, et avec une belle dose d’humour, la bande dessinée de Divin Matameso et Mohamed Nour Wana nous raconte comment, en quittant un confinement de guerre, ils se retrouvent confinés en France. En noir et blanc, le trait épais, les folies administratives sont mises en relief. 

Côté violence, la grande toile d’Omar Ibrahim présente une peinture tout en matière. Ici les animaux fantastiques sont monstrueux. Sa peinture déborde, ses toiles, sans cimaises, sont punaisées à même le mur, dans une belle urgence. Ce brouhaha visuel et pourtant très organisé se retrouve dans l’organisation sonore de Daniel Blanco et Ousmane Doumbouya qui s’appelle simplement « Trop ». Il s’agit d’une collecte de sons de partout : Venezuela, France… qui rappellent les nombres de morts de la Covid, les annonces pour le port du masque…

Sublimer le pire

Un artiste regarde le monde et cette exposition le montre bien. Certains ont pris les choses du bon côté. Le collectif d’artistes Mazoul (confiné en arabe), créé à l’initiative de Mohamad Hijazi, a créé un festival en ligne, Maafoulm fast film festival. L’idée était de rassembler des artistes du monde entier et de leur commander des petits films faits avec les moyens du bord. Dans le jardin, Cristobal Ochoa s’amuse, lui, des questions folles que l’on trouve sur Instagram et affiche comme sur des drapeaux ces messages avec leurs fautes. Cela ne manque pas d’humour.

Alors, on espère que bientôt vous pourrez vous aussi pousser la porte de ce bel endroit, mais en attendant, ces jours-ci, passez au 121 rue de Ménilmontant,et vous verrez Ahlam réaliser sa fresque au pochoir sur toute la longueur du mur. Elle multiplie le mot « aram » (interdit en arabe) tout le long du mur et la rumeur dit que bientôt elle ajoutera des yeux sur son travail.

Visuel : Monstres – Omar Ibrahim ©Sara_Farid

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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