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Henri Cartier-Bresson : une rétrospective magistrale au Centre Pompidou

Henri Cartier-Bresson : une rétrospective magistrale au Centre Pompidou

11 février 2014 | PAR Géraldine Bretault

Dix ans après sa disparition, Henri Cartier-Bresson fait l’objet d’une vaste rétrospective au Centre Pompidou. Balayant de nombreuses idées arrêtées sur « l’œil du siècle », le commissaire Clément Chéroux a opté pour une présentation chronologique afin de restituer toute la diversité de l’œuvre d’un des photographes majeurs du XXe siècle.

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Les précédentes rétrospectives sur « HCB », affirme le commissaire de cette exposition, ont sans doute souffert d’un excès de zèle : le photographe faisait souvent retirer l’ensemble du corpus présenté, ce qui avait pour conséquence de niveler le format comme les contrastes des tirages ; par ailleurs, les classements thématiques offraient une vision par trop réductrice d’une personnalité éminement complexe et pétrie de paradoxes.

À partir des tirages d’époque (lorsqu’ils sont disponibles), le parcours proposé nous conte plutôt la construction d’une personnalité autonome, depuis les premiers pas hors de la voie tracée – Henri Cartier-Bresson était l’aîné d’une famille de grands industriels – jusqu’à la prise de conscience des inégalités du monde qui l’entoure.

Impossible à résumer en quelques mots, la formation d' »En-Rit-Ca-Bré »  emprunte au contraire des chemins de traverse, à commencer par un intérêt marqué pour les photographies d’Atget, mieux compris à l’aune de sa rencontre avec le Surréalisme (notons l’heureux hasard qui présente le Surréalisme et l’objet dans la galerie voisine jusqu’au 3 mars). Une influence majeure, que le parcours décline au gré de sections aux titres évocateurs, piochés chez Breton : magique-circonstancielle, érotique voilée, explosante fixe.

Ainsi le goût pour la géométrie maintes fois salué chez Cartier-Bresson n’est-il jamais dogmatique, mais au contraire magnifié par la sensualité des courbes de Léonor Fini ou la poésie radicale des carcasses alignées aux Abattoirs de la Villette. C’est un véritable vent de jeunesse et une soif de découvertes, que l’on ressent devant les clichés du premier tour d’Europe en voiture aux côtés de l’ami Mandiargues et sa compagne.

Puis l’atmosphère s’alourdit, les plafonds s’abaissent quand éclate la Seconde Guerre mondiale. Là encore, des reportages pour Ce Soir sur les premiers congés payés au cinéma considéré comme un outil de propagande positive en faveur du communisme, il n’y a qu’un pas, que Cartier-Bresson franchit allègrement aux côtés de Renoir, avant de se ranger, caméra au poing, au côté des Républicains en Espagne.

Prisonnier de guerre, Cartier-Bresson réussira à s’évader, et fondera en 1947 la célèbre agence Magnum d’un commun élan avec ses confrères Chim et Capa. Si l’on a souvent glosé sur la fameuse notion d' »instant décisif », l’exposition laisse au contraire entrevoir le talent du photographe pour cerner ses sujets en profondeur. Inlassablement, Cartier-Bresson a parcouru le globe, mais en séjournant longuement dans les pays traversés, pour tenter de comprendre ses congénères. Tout l’intéresse, les grands rendez-vous avec l’histoire comme l’émergence terrifiante d’une société de consommation mondialisée.

Quand en fin de vie le maître se détourne du photoreportage pour mieux redécouvrir le dessin, dans une veine plus contemplative, nul ne saurait lui reprocher l’intérêt discutable de sa production graphique : après avoir mis son siècle en boîte, Cartier-Bresson ne goûte plus la photographie que pour garder la trace d’un moment précieux. Il se délecte de la simple vue des jambes de sa seconde épouse, la photographe Martine Franck, quand il ne transforme pas son lit défait en véritable œuvre d’art.

L' »œil du siècle » est bel et bien entré dans l’histoire.

Visuels © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

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