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Dans l’austérité lumineuse de Balenciaga au Musée Bourdelle

Dans l’austérité lumineuse de Balenciaga au Musée Bourdelle

06 mars 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faut-il encore marteler, comme si Soulages ne l’avait pas encore assez fait, que le noir est la plus belle des couleurs ? En offrant un parcours uniquement centré sur cette teinte, le Palais Galliera ponctue les salles du Musée Bourdelle des robes, ensembles et parures que Balenciaga, le plus intemporel des couturiers, a commis lors de deux décennies reines, les années 50 et 60.

Au lendemain du défilé pour lequel, à l’occasion des cent ans de la maison, Demna Gvasalia a réinventé neuf robes de soirée, à nœuds ou bouffantes, vernissait l’exposition qui ouvrira au public le 8 mars, Balenciaga l’oeuvre en noir.  Un parcours austère, pensé pour les amoureux et les spécialistes de la mode qui présente à la façon d’un atelier, les pièces dans des écrins sombres. Les cartels insistent sur les matières et les textes de l’exposition dressent un panorama général de ce couturier hors-normes dont la modernité apparaît aujourd’hui de façon époustouflante.

Chez cet artiste espagnol né en 1895 et mort en 1972, le poids des traditions et des contraintes se lit sur chaque vêtement aux lignes épurées et strictes. Pourtant, la fantaisie se niche dans le détail. Prenons l’exemple de l’iconique robe-sac que Margiela aurait pu dessiner. Ces lignes géométriques et son décolleté haut droit, débordant, laisse entrevoir, vu de dessus des strass sur les bretelles.

Ce génie de la matière, qui a fait créer le Gazar en 1958 a rapidement inscrit des matières plastiques dans ses oeuvres. La raison est d’abord économique, en temps de guerre ces pièces n’étaient pas contingentées. On trouve de la rayonne ou, pour une robe de cocktail en 1967, une « broderie de paillettes fantaisie en matière plastique et de perle de verre ».

Le geste se voit ici sur les coutures que l’on peut approcher de très prés. Ces robes aux manches trois-quarts témoignent toute d’un zeste de liberté  : un pouf amovible ( en référence aux robes des années 1880), des amplitudes de capes ou de jupes démentes. Ce qui est pertinent ici c’est la façon dont Véronique Belloir, chargée des collections haute-couture au Palais Galliera, a mélangé les périodes. Cela est brillant car Balenciaga se souciait peu de la tendance, au point de s’arrêter dans les années 60, refusant de faire du prêt-à-porter. Au moment où la minijupe est créée il fait de longues robes à plis aux allures d’infantes. Au moment où Courrège explose la couleur, il sculpte le noir en le sublimant de volumes, de dentelles et parfois, oh folie, de quelques rubans poudrés pour des robes de cocktail aux allures ingénues.

En ayant créé hors du temps, Balenciaga a inventé l’intemporel chic. On tombe en pâmoison face à des manteaux à cols chemises extra-larges tellement d’actualité, ou plutôt, d’avant-garde. Les amoureux de la mode adoreront voir les croquis minimalistes du maître sur lesquels sont accrochés de minuscules bouts de tissus.

Balenciaga l’oeuvre au noir est un parcours passionnant sur les matières et les digestions des origines et des cultures. Comment rendre modernes les mantilles ? Comment rendre sublimes des matières pauvres ?

Les réponses se trouvent au Musée Bourdelle du 8 mars au 16 juillet 2017.

Visuels : ABN

Infos pratiques

Théâtre de Dix Heures
Les Berges de Seine
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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