Expos

Caravage à Rome, « amis et ennemis » Au musée Jacquemart-André

Caravage à Rome, « amis et ennemis » Au musée Jacquemart-André

05 octobre 2018 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le musée Jacquemart-André ,présente une exposition consacrée à Le Caravage et aux peintres romains qui étaient ses contemporains. A voir, tous les jours de 10 à 18h (jusqu’à 20H30 le lundi) jusqu’au 28 Janvier 2019.

Le visiteur rentre dans une grande demeure bourgeoise, presque un château dont on traverse les salons pour atteindre l’exposition. La demeure  a été construite au XIXème siècle par  Monsieur Edouard André. Tous deux grands amateurs de peinture, il a acquis avec son épouse Nélie Jacquemart 124 œuvres en particulier de peinture italienne. Nélie Jacquemart légua à sa mort la collection à l’Institut de France et en 1913 le musée Jacquemart -André a été inauguré par Raymond Poincaré. Depuis 2015 le musée est administré par Pierre Curie.

Michelangelo Merisi (1571-1610) dit « le Caravage » est né à Milan. Formé à l’école milanaise, il arrive à Rome en 1592 en pleine période baroque. IL intègre l’atelier de Guiseppe Cesari dit le cavalier d’Arpin et obtient la protection de puissants ecclésiastiques. IL deviendra célèbre après avoir réalisé la décoration de l’église Saint Louis des Français mais il devra quitter Rome en 1606 après avoir tué un homme dans une rixe. Le style du Caravage se distingue par un naturalisme et un réalisme intense. Il va à l’essentiel. Ce réalisme s’appuie sur son célèbre clair obscur. L’arrière plan reste dans l’ombre pour pouvoir sculpter dans la lumière la figure centrale du tableau. L’artiste  saisit ainsi le moment fort et donne à sa peinture une intensité dramatique.

Le Caravage est une rupture à lui seul dans l’histoire de la peinture. L’exposition présente une dizaine de tableaux de la période romaine de Caravage entre 1595 et 1606 ainsi qu’une  vingtaine de tableaux des peintres romains de son époque .Sept des dix tableaux du Caravage n’avaient jamais été montrés en France. L’exposition montre un contraste et un dialogue entre ses œuvres et celles de ses contemporains qui parfois lui étaient hostiles.

Le tableau «  Judith décapitant Holopherne » est dans la première salle face à l’entrée. Le Caravage décrit la scène biblique avec  un réalisme violent, le visiteur vit vraiment le meurtre. Le  « Joueur de Luth » a été prêté par le musée de l’Ermitage de St Pétersbourg et sa récente restauration met en valeur le clair obscur : la blancheur retrouvée de la chemise du joueur de luth illumine le tableau. Dans le tableau « Saint Jérôme  écrivant », l’attention du saint qui lit les écritures est palpable et son visage de vieillard magnifique .Il y a deux tableaux de « Madeleine en extase », le deuxième n’ayant été attribué au Caravage qu’en 2015, il est exposé pour la première fois : dans les deux versions l’intensité dramatique de l’extase et l’abandon des corps sont les mêmes.

Dans le portrait, par un anonyme,  de Michelangelo Merisi dit Caravagio, la physionomie et l’intensité du regard nous laissent imaginer la puissance artistique et la vie à la réputation sulfureuse du peintre. Parmi les œuvres de ses contemporains « Sainte Cécile et deux anges musiciens » d’Antivéduto Gramatica et « Sainte Cécile » d’Artemisia  Gentileschi, offrent une représentation élégante et harmonieuse de la musique sacrée à l’opposé de la dramaturgie de la peinture du Caravage .La très grande toile de Giovanni Baglione, l’ennemi du Caravage  « Amour sacré terrassant l’amour profane » exprime un style baroque plus exubérant et se rattache à un maniérisme tardif. .Cette œuvre a été critiquée par le Caravage . L’œuvre  de Carlo Saraceni « Judith avec la tête d’Holopherne » postérieure à la mort du Caravage dévoile l’influence du maitre par la qualité de son clair obscur.

Les explications fournies sur la vie et les œuvres des peintes sont claires et suffisantes. Un thème est attribué à chaque salle ce qui donne une cohérence à l’exposition. Les salles sont relativement petites, rendant préférable de visiter  cette belle exposition en dehors des heures de forte affluence.

Visuel : Giovanni Baglione, Amour sacré et Amour profane – © Gallerie Nazionali di Arte Antica di Roma. Palazzo Barberini

Les belles ambitieuses, flamboyante décadence par Stéphane Hoffmann
Dance concert, la pièce retro-electro-acoustique d’Ola Maciejewska au Festival d’Automne
Jean-Marie Chamouard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *