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À la MEP, Liu Bolin se rend invisible pour se faire remarquer

À la MEP, Liu Bolin se rend invisible pour se faire remarquer

05 septembre 2017 | PAR Victoire Chabert

Jusqu’au 29 octobre 2017, l’exposition « Ghost Stories » représente la protestation silencieuse de l’artiste chinois Liu Bolin à la Maison Européenne de la Photographie.

Sculpteur, performeur et photographe, Liu Bolin surnommé « l’homme invisible » est né en 1973 dans la province de Shadong, à l’est de la Chine. Il étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Shandong avant d’obtenir son diplôme des Beaux Arts de Pékin en 2001. Figure de la bouillonnante scène artistique chinoise, il a acquis une reconnaissance internationale en 2005 avec sa première série « Hiding in the city ». Celle-ci présente notamment un autoportrait de l’artiste se confondant avec les décombres de son atelier, situé dans un quartier d’artistes rasé par le gouvernement chinois. Suite à cet évènement, le travail de Liu Bolin devient plus ouvertement politique et il décide d’utiliser son art comme un moyen de « protestation silencieuse » pour attirer l’attention sur le manque de protection des artistes chinois de la part de leur gouvernement.

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Liu Bolin fait partie d’une génération particulièrement sensible à l’énorme mouvement de transformation sociale et économique de la Chine, à la mutation de ses paysages et à l’impuissance de l’individu par rapport à ces événements dont l’échelle le dépasse. Ainsi, dans cette exposition à caractère rétrospectif, la Maison Européenne de la photographie accueil les meilleures images des quatre grands thèmes abordés par l’artiste Liu Bolin depuis plus de dix ans : « Politique et censure », « Tradition et culture chinoise », « Société de consommation » et « Informations, medias et libertés de la presse ». Au fil de « Ghost Stories », il apparait que pour réaliser ses oeuvres, Liu Bolin choisit souvent des sites qui regorgent de symboles de la révolution culturelle chinoise ou suggérant les grands changements du pays depuis la chute du régime de Mao Zedong. Les endroits qu’il choisit vont des décombres des tremblements de terre dans la campagne chinoise aux mots du Manifeste Communiste écrits sur un mur.

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Les clichés de Liu Bolin, souvent ludiques, sont porteurs d’une forte charge symbolique. Noyé dans le rayon d’un supermarché devant des canettes de boissons importées, il dénonce la société de consommation.

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Son corps et ses yeux clos, méticuleusement repeints, se fondent dans le paysage pour, affirme l’artiste, «dénoncer les dysfonctionnements de la société chinoise.» Avec l’aide d’une équipe d’assistants, il peut passer jusqu’à 10 heures à peindre son propre corps pour ressembler à une partie du site, avant de se prendre en photo debout à l’intérieur de la scène dans laquelle il parvient à disparaître. Dans ses œuvres, les arrière-plan expriment l’information la plus importante, les points de tension apparaissent quand son corps se fond dans différents décors et devient un reflet de la société vu par l’artiste.

La valeur universelle de la photographie de Liu Bolin explique son succès mondial qu’il ne doit pas qu’au tour de prestidigitation ou à une symbolique de la résistance de l’homme seul à la pression politique et sociale. L’artiste crée des œuvres hybrides et riche de sens mêlant photographie, body art, art optique et sculpture vivante. Finalement, il met avant tout en scène la condition humaine dans l’éternelle solitude et l’éternelle impuissance de l’être au monde. 

Crédits photo : « Hiding in the City » © Liu Bolin courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Infos pratiques

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Musée d’Art Moderne – Paris
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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