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Arnaud Gallizia expose ses toiles et ses fusains 70 rue de la Bellefeuille

Arnaud Gallizia expose ses toiles et ses fusains 70 rue de la Bellefeuille

20 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Dans une rue assez classique de Boulogne, la Bellefeuille, quand on passe la porte du n°70, l’on entre dans un lieu hybride entre le loft et l’atelier, temple de la peinture et de l’art urbain. C’est dans ce contexte que nous avons découvert l’art d’Arnaud Gallizia, artiste tout juste trentenaire et déjà présent dans le panthéon de l’Institut Bernard Magrez et qui travaille au fusain et à la peinture des scènes de vies où le mouvement et les visages s’effacent pour laisser place à l’imaginaire… A voir avant le 22 décembre 2017.

L’on entre dans l’œuvre d’Arnaud Gallizia par des toiles aux contours et aux formes presque abstraites qui sont ses dernières expérimentations. Présenté comme un gigantesque work in progress son solo show 70 rue de la Bellefeuille marque tout de suite l’un des piliers de son art : la recherche. On entre ensuite dans les différentes étapes qui ont marqué cette recherche jusqu’alors : d’abord des fusains, qu’Arnaud Gallizia, passionné de bois, a fait lui-même, en travaillant la matière. Il cite Giacometti pour parler de l’importance de tout faire soi-même, y compris les toiles dont le traitement unique va donner matière et lumière et grain à ce qu’elle porte : « Il faut tailler le papier comme le diamant ».

Le résultat est une série de portraits humains aux visages et aux mains mystérieusement flous, mais aux mouvements des corps précis. Qu’ils soient par groupe (où l’on essaie d’imaginer au centre certains autoportraits) ou seuls les personnages sont à la fois très incarnés et ils échappent… Pour mieux laisser libre de les imaginer. Il y a très peu d’influence judeo-chrétienne d’interdit de représenter dans cette absence de visages, mais plutôt une inspiration maga et japonaise venue notamment des films de Kitano ou des mangas où les personnages qui jouent n’ont pas d’expression.

Si Arnaud Gallizia travaille souvent à partir de photos, qu’il s’agisse de la photo mythique de Rimbaud en Somalie ou de portraits plus classiques, ces clichés il les aime flous pour mieux laisser place au mouvement : « Je les détruis presque en les exposant », explique-t-il. Et s’il travaille parfois à partir de ses propres photos (deux paysages sont exposés), il a déjà l’impression de s’interpréter lui-même. Dans les fusains déjà, l’approche est oblique, de manière à penser tout de suite l’espace plat de la toile « en volume » et l’effet est celui du mouvement de la matière.

Paradoxalement, quand on arrive à la dernière série des œuvres d’Arnaud, où la couleur (fabriquée évidemment artisanalement) fait son apparition, les tableaux sont presque plus hiératiques et angoissés que les fusains nerveux et racés. Une femme est accroupie de dos devant son canapé bleu, un homme dort sur un canapé rose devant lequel veille son chien, un portrait en pied et sans tête et sans pied d’une femme plane entre deux lignes d’horizon et sur l’affiche de l’exposition, plus éthéré encore qu’un salon vide d’architecte aux couleurs décalée. Le résultat est beau et hanté et l’on a hâte de voir les prochaines séries de cet artiste en pleine évolution…

Visuels : photos de l’exposition © YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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