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Un nouveau musée d’art contemporain africain ouvre à Cannes

Un nouveau musée d’art contemporain africain ouvre à Cannes

15 juillet 2022 | PAR Cloe Bouquet

On l’attendait à Monaco, où les pourparlers étaient avancés ; c‘est à Cannes que s’arrimera finalement la collection Pigozzi.

Infos pratiques

« Cannes va créer un musée réunissant les plus belles œuvres d’art contemporain africain de la prestigieuse collection Pigozzi. Une démarche commune #mairiedecannes Jean Pigozzi. Cannes s’affirme chaque jour un peu plus comme un haut lieu de la culture », écrit le Maire de Cannes David Lisnard sur son compte Twitter le 13 juillet.

La collection a réuni depuis 1989 plus de 10 000 créations d’artistes d’Afrique sub-saharienne. L’annonce a été faite le 11 juillet lors du vernissage d’une exposition d’une centaine d’œuvres issues de cette collection, « Bande-annonce », visible jusqu’au 21 août à la Gare maritime.

Le musée, qui devrait ouvrir en 2026, proposera sur plus de 600 m2 une exposition permanente et un espace d’exposition temporaire dans l’ancienne chapelle Saint-Roch de Cannes.

Qui est Jean Pigozzi ?

Fils et héritier du patron italien de la marque automobile Simca, Jean Pigozzi, qui a grandi entre Antibes, Genève et Paris, s’est d’abord consacré à la photographie.

« J’avais une petite collection d’art contemporain, un petit Warhol, un petit LeWitt », dit-il dans un entretien au Monde. « Je suis devenu ami avec le grand collectionneur Charles Saatchi. Un jour, il me dit : « C’est très bien ce que tu as là, mais c’est sans intérêt. Si tu veux faire quelque chose qui ait du sens, tu dois te spécialiser. »

Il visite alors en 1989 l’exposition « Magiciens de la terre » au Centre Georges-Pompidou, première exposition véritablement internationale où les œuvres contemporaines venues du monde entier étaient présentées à parité avec les œuvres du monde occidental. « Là, je vois Chéri Samba, Bouabré, Kingelez. Je suis sidéré. Je vois un art vivant, issu de l’imaginaire des artistes, sans influence de l’Occident, de ses musées, de ses galeries », dit-il dans le même entretien. Il finance la création de la Contemporary African Art Collection (CAAC) après sa rencontre avec André Magnin, le commissaire d’exposition, devenue la plus grande collection d’art contemporain africain, couvrant une période allant des années 50 à nos jours.

Pigozzi ne s’est jamais rendu en Afrique lui-même, mais André Magnin a parcouru le continent pour constituer sa collection : en ont résulté quelque 200 expositions sur tous les continents. Le Congo est pour lui « le plus grand pays ».

Sa CAAC est basée à Genève et exposée dans des institutions comme le musée des beaux-arts de Houston, le Girmaldi Forum à Monaco, le musée national d’art africain à Washington D.C., le musée Guggenheim de Bilbao, la Pinacothèque Giovanni et Marella Agnelli à Turin, la Tate Modern à Londres et la Fondation Louis Vuitton à Paris. On y trouve des oeuvres du photographe malien Seydou Keïta, considéré comme l’un des plus grands portraitistes du XXe siècle, des créations du Congolais Bodys Isek Kingelez ou des sculptures du Tanzanien George Lilanga, tous décédés. Elle comprend aussi les célèbres masques faits à partir de bidons d’essence du Béninois Romuald Hazoumé et de nombreux tableaux des Sénégalais Soly Cissé et Mor Faye ainsi que du Congolais Chéri Samba.

« Un musée du XXIe siècle »

« Ce serait triste que trente ans de travail disparaissent si un jour je suis écrasé par un bus et que deux méchantes dames de salles de ventes viennent tout emballer et disperser les 10 000 œuvres », a-t-il dit à Roxana Azimi au Monde.

« Il s’agira de plusieurs milliers d’œuvres, données en deux temps, du vivant de Jean Pigozzi et après sa mort », précise Maud Boissac. Pigozzi, qui aime l’originalité, l’art « vivant, organique » et découvrir de nouveaux talents, souhaite un musée qui « ne sera pas figé », et qui dépasse géographiquement la dominante de l’Afrique. On peut s’attendre à de l’art japonais, qu’il affectionne aussi particulièrement.

« J’aimerais que ce soit un musée du XXIe siècle », dit-il, « qu’on organise des performances en duplex avec des pays africains, qu’on fasse rayonner l’art contemporain africain dans le monde à partir de notre base cannoise. » S’il y a « un intérêt croissant pour l’art de ce continent et donc forcément de nouveaux talents qui émergent, des vocations qui naissent », comme il l’écrit dans un extrait du catalogue de l’exposition « Bande-annonce », c’est donc en partie grâce à lui.

Le choix du lieu

Pigozzi rêvait d’un musée depuis longtemps. « On a été en discussion pendant des années à Paris, sans que jamais cela n’aboutisse », affirme André Magnin. Alors Pigozzi se rapproche de Monaco, où avait eu lieu une exposition en 2005 au Grimaldi Forum. Mais ce projet échoue, comme d’autres en Norvège.

Puis il rencontre David Lisnard, qui a des projets de musée autour du cinéma, de la mer, de l’exploration… et pour lui, « l’Afrique est l’un des pans majeurs d’avenir des arts plastiques ».

On pense d’abord à la Gare maritime, à un ancien comptoir provençal du verre dans le quartier de Saint-Louis… mais c’est la chapelle (désacralisée) Saint-Roch qui est choisie, ayant l’avantage de se trouver en plein coeur du quartier historique de Cannes qui voisine un autre centre d’art, le Suquet des artistes.

Pigozzi s’est donc battu pour faire rayonner cet art dans le monde entier ; sa collection a contribué à le révéler au grand public. Certains lui reprochent « une vision exotique, voire néocolonialiste du continent » (Roxana Azimi). Pourtant, celui qui avoue que pour lui, avant l’exposition du Centre Pompidou, « l’Afrique, c’était des masques en bois et des chiens hérissés de clous », a acheté et diffusé des œuvres d’artistes africains jusqu’à former une collection aussi diversifiée que révélatrice d’un goût personnel acquis par la fréquentation savante de ces œuvres.

 

Visuel : « J’aime la couleur », de Chéri Samba (acrylique et paillettes sur toile, 206 x 297 cm, 2003). COURTESY THE JEAN PIGOZZI AFRICAN ART COLLECTION ET GALERIE MAGNIN-A

 

 

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