Politique culturelle

La lenteur dans la restitution des biens juifs spoliés révélée

La lenteur dans la restitution des biens juifs spoliés révélée

26 février 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’information est un peu passée sous silence. En toute fin d’année 2014, il y a deux mois, la députée Isabelle Attard a rendu son rapport d’information générale sur “la gestion des réserves et dépôts des musées” à la commission des affaires culturelles. Son rendu comporte une partie sur l’actualité de la spoliation des biens juifs sous Vichy, et cela est édifiant.

Le chiffre clé est sur : 2000 tableaux dorment, ou, c’était le cas de L’homme à la guitare de Braque, sont exposés illégalement dans les musées. A leur dos, dans le meilleur des cas, la mention « musée nationaux récupération » MNR est inscrite, en attendant qu’ils soient redonnés aux familles des morts.

La commission a travaillé durant 13 mois, et a préconisé « qu’au-delà de la question des œuvres à l’origine douteuse – œuvres « MNR » dont elle souhaite que le statut puisse évoluer – soit menée une politique de recherche systématique de la provenance des œuvres créées avant 1945 et entrées dans les collections des musées depuis 1933 afin que chaque musée puisse s’assurer effectivement que les collections qu’il conserve sont irréprochables. »

Dans sa partie « Pour une recherche systématique de la provenance des œuvres à l’origine douteuse dans les collections des musées », Isabelle Attard demande à ce que les origines des oeuvres soient limpides. 70 ans aprés la demande nazie d’assassiner les hommes et leurs biens, le voile que le président Pompidou demandait de jeter sur ce « temps où les français ne s’aimaient pas » semble être toujours posé sur des points sensibles.

A l’heure actuelle, les collections auraient du finir leur inventaire, ce qui n’est pas le cas, seuls 40% ont été inventoriées. Récemment France Inter consacrait un reportage à la question donnait l’exemple du Louvre. « Le musée a conservé pendant près de 70 ans un tableau de Moroni, un des plus grands portraitistes du 16 ème siècle, alors qu’il aurait suffi de le retourner pour connaitre son propriétaire. « 

Le rapport pointe la lenteur de la procédure : « peu de restitutions ont eu lieu entre 1951 et 1994 : si entre 1951 et 1955, vingt-cinq MNR ont été restitués, il n’y eut que quatre restitutions entre 1957 et 1979 et aucune entre 1979 et 1994. »

Récemment, trois restitutions ont eu lieu, en mars 2014 : une huile sur toile du XVIIIe siècle Portrait de femme, d’un anonyme français (MNR 667) jusque-là présentée au Louvre, a été restituée aux ayants droit de la famille Oppenheimer ; une peinture sur bois Paysage montagneux (avec chapelle) de Joos de Momper (MNR 410) a été restituée aux ayants droit du baron Cassel : attribuée au Louvre en 1950, cette peinture était depuis 1953 exposée au musée des Beaux-Arts de Dijon ; enfin, un tableau sur bois La Vierge à l’enfant d’après un artiste du cercle de Lippo Memmi (MNR 808), conservé au Louvre, a été remis aux héritiers de M. Richard Soepkez.

France Inter le rappelait : »En France, on évalue à près 5000 le nombre de tableaux spoliés qui pourraient se trouver dans les musées. C’est-à-dire une goutte d’eau sur les 67 millions d’œuvres qu’ils contiennent au total ».

La suite devrait être un arsenal juridique et quelques outils de visibilité essentiels comme la mention évidente « oeuvre récupérée en 1945-Origine incertaine ».

Visuel : L’homme à la guitare de Braque

Le Louvre-Lens fait ses courses
« Toute la vie », le jour où les Enfoirés ont méprisé la jeunesse
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *