Medias
La rencontre à la Télévision, le temps d’avant

La rencontre à la Télévision, le temps d’avant

13 février 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Aujourd’hui les gays jurent par Grinder, les hétéros par Tinder, mais, dans le cadre du Dossier Saint Valentin, marronnier fort doux de ce mois de février automnal, nous souhaitions vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, car oui, avant les applis, il y avait la télé. Et avant la TNT, il y avait au max 6 chaines (si si). Et bien jeunes gens, croyez-le ou pas, cela a créé de grandes rencontres !

La génèse.

Le jeux télévisé reste une jeune invention. C’est en 1954 que « Télé Match » fait son apparition, présenté par Pierre Bellemare et Jacques Antoine. Point de rencontre amoureuse ici, mais la porte était ouverte pour une entrée du spectateur dans l’écran. Les années 70, loin de leur réputation sulfureuse, sont ponctuées, principalement des deux émissions phares que sont « Le Petit Rapporteur » (1975) et « Le Grand Échiquier » (1972), drôles, intéressantes, mais pas sexy du tout. Ce sont les années 80 qui voient l’essor de jeux « à l’américaine » où faire couple devient une source de rire.

Les jeux coquins

Il faut savoir rester prude sur le petit écran, et rares sont les jeux sexy. En 1986, Sylvain Augier présente « Coquin Maillard » sur A2. La démarche est à l’ancienne, c’est l’homme qui, les yeux bandés devait reconnaître sa femme parmi plusieurs. L’occasion d’en rencontrer d’autres.

En 1988, Caroline Tresca anime l’émission à succès « Télé Caroline » tous les après-midis. Le show est ponctué à 16H15 du Jeu de la séduction de Laurent Sorcelle qui laissait des jeunes femmes face à un invité qu’elles devaient charmer.

Et il faut attendre 2007 pour retrouver un jeu qui parle de sexualité. Sur NRJ12, en 2007, Jean-Pascal Lacoste puis Clair animent « 12 cœurs » où strip-tease et questions crues sont de mises pour les candidats venus là pour trouver Le grand amour.

Néanmoins, on note une tendance récente inspirée dans son esthétique par les gabarits de la pornographie. Le XXIe siècle a ainsi vu l’éclosion de jeux axés très ouvertement sur la sexualité. Est-ce la désormais antilogique scène de la piscine du Loft 1 qui a ouvert les vannes ? Il est à constater que depuis 2002, les choses sont plus directes. « L’ile de la tentation » (2002-2008) mettait alors les couples à mal et en formait parfois de nouveaux. On note également « l’Amour est aveugle » qui a « révélé » Nabila, diffusé en 2010, et où six à huit personnes devaient se rencontrer dans le noir.

Les jeux mignons.

Là se trouve la majorité de notre affaire. Tout commence par « Tournez manège » bien sûr, qui semble être, visiblement, le premier jeu de séduction de l’histoire de la télévision. Dans ce jeu télévisé matrimonial diffusé entre 1985 et 1993, Évelyne Leclercq, Simone Garnier et Fabienne Égal créaient les rencontres rythmées par le clavier très bontempi de Charlie Oleg

TF1 1993 extrait Tournez Manège par Jayce2007

« Tournez manège », si il reste seul en son genre pendant deux décennies ouvre la voie à des jeux qui parlent d’amour, mais qui concernent à chaque fois, des couples déjà formés.

On peut citer « Nouvelle lune de miel » sur F2 présenté par Georges Beller le samedi à 11h50 de 1992 à 1993. Trois familles 100% Manif pour tous composées de (au minimum) deux enfants, d’un papa et d’une maman se prêtaient à l’exercice suivant : les enfants devaient retrouver les réponses de leurs parents, à la clé une « nouvelle lune de miel ». Impossible de ne pas citer « Les Mariés de l’A2 » et son successeur, les « Z’amours ».

Toujours trés ancré dans l’esprit des années 90 mais comme une transition vers l’après, « Pour la vie », diffusé sur TF1 de 1995 à 1997, présenté par Fabrice et Valérie Pascal, mettait en jeu deux couples, qui vont prochainement se marier qui devaient tester, devant jury, leur connaissance de l’autre. On ne sait pas si l’émission a été ou non à la source de séparation !

Il faut donc entrer dans les années 2000 pour voir la télévision se doter d’une mission, celle de créer l’amour.

En 2004, l’amour est vache. Dans « Le brise-cœur » sur F2 présenté par Sandrine Quétier, un ou une célibataire, homme ou femme, est à la recherche d’une rencontre plutôt d’un soir. Trois candidats se présentent au ou à la, célibataire mais l’un d’entre eux est un imposteur.

Des vaches mais des vraies, ce sont celles de « L’amour est dans le pré », diffusée sur M6 depuis 2006. Le principe de l’émission consiste à faire rencontrer des agriculteurs à la recherche d’un(e) conjoint(e) avec des téléspectateurs célibataires. Depuis 2008, une version féminine a vu le jour sous le nom « Maman cherche l’amour »
Récemment, « Séduis-moi… si tu peux ! », présenté par Jérôme Anthony et diffusé depuis le 30 septembre 2013 W9 propose un garçon à une vingtaine de filles. Ce sont elles qui repèrent ou non le prétendant qui aura à prouver, petite danse et vidéo à l’appui, quelle femme peut lui convenir. Le ton est sympathique et bienveillant et souvent, les filles repartent accompagnées.

Les jeux machos

Dernière catégorie de cette typologie, les jeux récents jouent des stéréotypes belles gueules et abdos pour les garçons, mini-jupe et hauts talons pour les filles. Il y a, évidement, le « Bachelor », qui depuis 2003 cherche l’amour parmi 20 (en 2004 et 2005) ou 25 (en 2003 et 2013) candidates canons dans une villa… canon.

Bachelor 3 – Marie par guyzma
Beaucoup de dérivés ont ensuite vu le jour : « La Belle et ses princes presque charmants » (2012) et son spin-off, « Le prince de l’Amour » (2014). Tous ont en commun de mettre les sentiments en compétition et de virer chaque semaine un ou une prétendante.
Peut-être faudrait-il ranger ici Qui veut épouser mon fils ? Où de vieux garçons ne pouvaient pas se passer de leur maman pour choisir l’homme ou la femme de leur vie. On notera que ce dernier cas cité est le seul mettant en scène un homosexuel.

visuel en Une : Simone Garnier, Fabienne Egal, Evelyne Leclerc sur le plateau de l’émission « Tournez Manège! » sur TF1, le 15 janvier 1993. CHOGNARD/TF1/SIPA

L’origine de la fête des amoureux, « c’est compliqué »
L’agenda du 14 février : bons plans circonstanciés pour une Saint-Valentin endiablée
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture