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Hôtel du temps et la vallée de l’étrange

Hôtel du temps et la vallée de l’étrange

03 mai 2022 | PAR Jacques Emmanuel Mercier

On ne présente plus Thierry Ardisson, ses interviews, ses frasques. Trop trash pour certains, véridiques pour d’autres, Ardisson revient avec une nouvelle émission l’Hôtel du temps.

Cette nouvelle émission se présente comme un docu-fiction. L’idée est de présenter la vie d’une personnalité, un chanteur, une actrice, d’une nouvelle manière. La seule condition est que celle-ci soit… morte. Oui, morte !

Ardisson nous l’explique dès le début de l’émission, « Après avoir interviewé tous les vivants, il ne me reste que les morts » L’Hôtel du temps est donc ça, une présentation d’une célébrité morte. À la différence d’un documentaire avec des interventions de personnes les ayant connus, ici, c’est le fantôme qui parle pour lui-même, comme pour une interview.

Une prouesse technologique qui marche tant bien que mal

Ainsi, on retrouve les « vraies » célébrités qui répondent aux questions d’un Thierry Ardisson rajeuni pour l’occasion. Tout ça grâce à l’utilisation de la technologie du deepfake. Avec  une autre technologie a été recrée la voix de la personne grâce à une multitude d’enregistrement de sons. Dans ce premier épisode, c’est Dalida qui ouvre le bal. Si les visages sont un peu fixes, ceci est sûrement dû à la qualité des enregistrements qui ont servis de base à la mise en place du deepfake, nous arriverons néanmoins à nous laisser prendre au piège. Seul le visage de Thierry Ardisson rajeuni à l’excès choque beaucoup plus que celui de Dalida trop lisse. On passera sur l’intervention de Claude François parlant de l’Egypte avec Dalida. En effet chez lui, c’est juste le bas de la mâchoire qui bouge, donnant l’impression de voir une marionnette et non pas une vraie personne.

Un Ardisson dans une mise en scène très cinématographique, avec par exemple des horloges qui tournent à l’envers, des clins d’œil à Shining par exemple. La chanteuse morte depuis 35 ans se confie, sous le regard de sa famille qui a eu accès à l’intégralité du script avant la diffusion. Donc on ne s’attendait pas à trouver des informations nouvelles, non, on est là pour redécouvrir une personne revivre une époque sans doute, faire comme si elle était là encore un peu. Des photographies et des vidéos d’archives peuplent l’émission. Tous les sujets sont ainsi abordés, allant de ses chansons à la vie au Caire, rien n’est épargné au spectateur. De la tentative de suicide à son amour pour l’homme qui prétendait être comte de Saint-Germain.

La vallée de l’étrange

C’est d’un point de vue moral que cette émission pose problème. À chaque retour sur Dalida, on ne peut s’empêcher de se dire « Mais elle est morte ». C’est à ce moment que le concept dérange. Est-ce bien d’offrir au spectateur une star morte depuis plus de trente ans ? Est-ce acceptable de faire dire des choses à une personne morte, sans jamais cacher que c’est de la docu-fiction tout en maintenant le flou sur les propos et leurs véracités ou du moins leurs authenticités ? Le fait de voir un faux visage et la sensation de dérangement qui s’en vient existe et à un nom. C’est la vallée de l’étrange. Le concept dit que, le moindre mauvais détail sur un visage qui tente de reproduire la réalité apparaît comme énorme et nous force à ne voir que ça.

Si on prend ceci pour ce que c’est, il est vrai que l’émission est entraînante. Touchante aussi par moments. Bluffante pou certains en terme d’utilisation d’une technologie nouvelle. Une prouesse due à la participation d’un studio français ayant travaillé auparavant sur le film Moi moche et Méchant. Un concept intéressant qui sans doute se cherche entre véritable interview et documentaire classique. Hier soir, c’est plus d’un million de téléspectateurs qui ont zappé sur France3 pour la première de l’émision.

Crédit photographique

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Jacques Emmanuel Mercier

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