Un « Music-hall » intrigant mais insuffisamment poignant

8 février 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

On peut voir jusqu’au 2 avril, au théâtre La Reine Blanche, une proposition de mise en scène de Music-Hall de Jean-Luc Lagarce. La force de la version proposée est de mettre un comédien dans le rôle de La Fille, unique protagoniste de cette version montée comme un seul-en-scène. Malgré cela, le spectacle manque un peu de force, et on en ressort charmé par la langue et l’engagement de l’acteur, mais trop peu bouleversé.

Il/Elle est juché sur un haut tabouret, dos au public, dès l’ouverture des portes. Il/Elle restera seul/e sur scène durant les 70 minutes que dureront le spectacle. Il/Elle parlera d’une vie passée, de ses petites gloires, de ses petites humiliations, de la fierté tout de même, mais des regrets aussi. Il sera question de tabourets, de boys, de propriétaires de salles indélicats, car ce qui s’étirera sera l’histoire d’une vie consacrée au music-hall.

Elle, c’est La Fille, le personnage central de la pièce Music-hall écrite en 1988 par Jean-Luc Lagarce. Ici, elle devient le protagoniste unique puisque le choix a été fait de la montrer sans ses deux boys. Personnage mélancolique et fort, ambigu et séducteur, elle livre le témoignage poignant d’une vie consacrée à la scène mais finalement bien maigre en satisfactions, sur quelque plan que ce soit. On ne sait trop d’ailleurs ce qui, chez elle, dans ce récit qui pourrait être impudique, tient de la mise en scène ou de l’honnêteté candide. Cette confession même n’est-elle pas un spectacle?

Lui, c’est Jacques Michel, le comédien qui joue La Fille. Relever le défi, comme il le fait, d’incarner sur scène un personnage aussi complexe, qui plus est seul, et du sexe opposé, tient de la gageure. Il s’est tire admirablement, et parvient la plupart du temps à faire oublier son genre. Les fêlures et les fragilités de La Fille, son ambivalence, ses mines, son besoin de séduire, sont bien présents, restitués avec netteté.

Cependant, on n’arrive pas pour autant à oublier totalement le fait que le comédien incarnant La Fille est un homme. Sur certains mouvements, dans certaines scènes qui demandent une séduction particulière, dans certaines parties de son anatomie (épaules, mains…), si réussie la transformation soit-elle, le spectateur est rappelé au fait que le texte est dit par un homme. Cela perturbe beaucoup certaines lignes fortes du récit, même si cela fait émerger le trouble et des significations nouvelles à d’autres endroits.

Et, en définitive, peut-être à cause de ce brouillage du sens induit par la masculinité du comédien, peut-être à cause d’une restitution qui, si elle est très juste et convaincante, est un peu trop égale et contenue, on reste un peu sur sa faim. La langue de Jean-Luc Lagarce, terriblement exigeante, est absolument magnifique. L’interprétation est courageuse, et, au-delà, plutôt juste. Mais le spectacle ne suscite pas une profonde émotion: ni compassion, ni malaise, ni même mélancolie. Reste l’air de Joséphine Baker qui trotte longtemps dans la tête, fredonnant: « Ne me dis pas que tu m’adores, Mais pense à moi de temps en temps »…

 

De Jean Luc Lagarce

Avec : Jacques Michel
Mise en scène et adaptation : Véronique Ros de la Grange
Son : Alain Lamarche
Lumière : Danielle Milovic
Scénographie-costume : Véronique Ros de la Grange
Maquillage-coiffure : Arnaud Buchs et Françoise Chaumayrac
Maquilleuse : Constance Haond
Assistant : Cyril Fragnière
Vidéo : Etienne Vitaux
Régisseur Général : Jean Pierre Michel
Attachée de Presse : Isabelle Muraour
Chargé de diffusion : Jérôme Sonigo
Chargée de communication et contact : Camille Blouet (compagniehybrides@gmail.com)

Production : OÙ SOMMES-NOUS- HYBRIDES&COMPAGNIE- Le Poche-Genève

Visuels: (C) Marc Vanappelgem


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