STUPEFIANT SERGE MERLIN DANS LE DEPEUPLEUR DE SAMUEL BECKETT

19 septembre 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Pour cette reprise du Dépeupleur, Serge Merlin, infatigable retrouve Alain Françon au Théâtre Les Déchargeurs. Le traité cosmographique et ethnographique de 55 pages de Samuel Beckett livre toute sa puissance avec le jeu incroyable de Serge Merlin.

Il entre à cour empruntant la porte pratiquée quelques instants plus tôt par le public. Dans un manteau trop grand il apparaît devant nous, pointe vers nous son regard incandescent et sa baguette de chef d’orchestre. Il va nous expliquer, nous décrire le Cylindre, un endroit où tout se crée par la violence et pour la violence et où la recherche est une passion qui ne connaît que compulsion irréfléchie. Le texte est dru, riche et, nous sommes pourtant chez Becket, débordant de sens.

Il y a tant à dire et à expliquer sur ce « Dépeupleur ». A gros traits, le Cylindre est un lieu de civilisation sans notion de bien ou de mal. Un meurtre originel a installé une même violence qui soumet chacun. Cette violence civilisatrice ne recherche que l’apaisement des conflits, la paix. Mais les corps soufrent. Cette douleur se transforme en une décharge d’énergie nécessaire. Les corps se mettent à marcher, à explorer. Chaque marcheur, dans sa passion de chercher plie et déplie le solitaire et le solidaire, l’intime et le politique, l’individuel et le collectif. La violence civilisatrice en une violence d’aliénation. Entre autre. Et peu importe si des sens du texte nous échappent car le comédien se constitue du texte et de son esprit avant même de l’interpréter. Nous sommes attrapés par Serge Merlin dans un moment quasi hallucinatoire où le comédien qui semble posséder cent voix, et autant de poumons, tant le souffle nous manque parfois pour le suivre, nous incorpore dans le texte de Beckett.

Bien sur, nous savions par avance la qualité de ce seul en scène car Serge Merlin est un immense comédien (qui commença sa collaboration avec Alain Françon en 2012 avec Fin de Partie de Beckett ). Car le texte de Samuel Beckett est précieux et Françon un très grand metteur en scène (dernièrement  LA MER de Bond au Français). La surprise est là pourtant. La pièce est belle, graphiquement et scéniquement; Serge Merlin y déploie une force surréelle. Nous sommes stupéfaits : Serge Merlin , et nous avec lui et grâce à lui,  ne plie pas sous le texte.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: