« Schitz » de David Strosberg, pas de place pour la psychologie !

23 février 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Schitz a été mis en scène par David Strosberg au Théâtre royal flamand de Bruxelles en 2004 et recréé en français en 2015 pour le Théâtre de la Bastille à Paris. La voici aujourd’hui à Marseille.

Note de la rédaction :

L’auteur israélien Hanokh Levin dresse le portrait d’une petite famille. La repoussante fille veut un mari, la mère veut un professeur en Amérique et le futur beau-fils convoite l’argent du père. Le spectacle se laisse résumer à une question : que serions-nous si nous parvenions à réduire au maximum notre instance morale ?

Il y a des personnes chez lesquelles l’attitude critique à l’égard de soi-même et des scrupules de conscience, c’est-à-dire des fonctions psychiques auquel s’attachent certainement une valeur sociale et morale très grande se présentent comme des manifestations inconscientes, et, comme telles, se montre d’une grande efficacité. D’autres parviennent à réduire au maximum ces digues que sont la culpabilité consciente ou  inconsciente. Sans ces résistances, ils deviennent selon Freud un corps, le corps du mammifère, le corps biologique.

C’est cette hypothèse que Strosberg et sa troupe promettent de vérifier devant nous explorant avec humour égoïsme et mesquinerie. Chez les Schitz, la cellule familiale est inquiétante et dangereuse. La fille ne pense qu’à manger, le gendre qu’à s’enrichir. Quant aux parents, ils sont accrochés à la demande de satisfaction de leurs élans égoïstes, à leur envie de petits-enfants, et d’un amant pour la mère ou de saucisson pour le père.

Par le biais du corps, la pièce, très riche interroge la maternité, la mort, le mariage, la transmission, l’héritage, la guerre, l’amour, le capitalisme.

Les comédiens par leur heureuse mascarade et leur irrécupérable sensibilité nous font atteindre le burlesque de leur corps, et avec lui son impolitesse. On rit.

Strosberg est très proche de Marthaller. Chez ce dernier le corps se rebelle ératiquement par des soudains saignements alors que chez Strosberg le corps se rebelle de façon ininterrompu, dans un continuum d’une logorrhée ponctuée seulement de rots, de danses ou de vomissements.

Dans un monde gouverné par les injonctions morales Hanokh Levin propose une expérience unique : se regarder droit dans les yeux. Sans l’effet d’un discours moralisant les corps deviennent monstrueux. On ne rêve pas chez Levin, pas de poésie ni de métaphore sauf une sombre comme une sépulture : elle a fait de ma vie un mémorial de rêves évanouis.

Au génie de la mise en scène répond l’implication physique des comédiens. Nommons-les pour leur talent et pour cette gageure de la proposition que Strosberg leur a demandée de défendre. On applaudit le travail ininterrompu sur les corps (Strosberg a décidé de laisser ouvert l’impro) de Brenda Bertin, la fille, Bruno Vanden le père, Jean-Baptiste Szezot, le gendre, et Mieke Verdin la mère.

David Strosberg explique dans sa note d’intention : il s’agit d’une pièce pour des corps sur des corps avec des corps. Il a tout compris de Freud comme de Levin. Une pièce à ne pas rater, avec un esprit et de l’esprit .

Auteur : Hanokh Levin
Artistes : Brenda Bertin, Bruno Vanden Broecke, Jean-Baptiste Szezot, Mieke Verdin
Metteur en scène : David Strosberg


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