Revenez demain : un moment Nutella® signé Laurent Fréchuret

8 février 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Sur un texte de Blandine Costaz, Laurent Fréchuret met en scène un duel « dramatique et rêvé » glissant allègrement de l’extime à l’intime.

Lucie est une femme forte. Elle nous confie, dans un monologue prometteur, qu’elle est armée. Son pistolet, un modèle tout à fait ordinaire, ne quitte pas son domicile, mais jamais elle ne sépare de la garantie, si l’envie prenait à une balle de venir se loger dans le mollet de la voisine du dessus. Lucie a un faible pour le chocolat, noir de préférence mais elle aimerait bien goûter le nouveau parfum à la pistache. Lucie, en pleine procédure de divorce, a besoin de travailler pour élever ses deux enfants, une fille et un garçon qu’elle aime bien – pas autant que le chocolat cependant.

L’entretien d’embauche constitue le second mouvement de cette pièce musicale qu’est Revenez demain, un entretien pour le moins atypique puisque interminable et à la frontière du monde du travail et de la sphère amoureuse. Par petites touches impressionnistes, de vertige en vertige, l’affrontement entre Lucie et son futur patron, Valère, donne à voir la porosité et la solitude de nos vies. Pris à témoin de ce jeu de rôles, le personnage du spectateur n’a jamais aussi bien porté son nom. Nous nous accrochons à nos fauteuils non pas parce que nous serions captivés par l’intrigue du drame qui se déroule sous nos yeux ou retenus en haleine par son suspense, mais bien plutôt parce que nous n’échangerions pour rien au monde notre place contre celles de Lucie ou de Valère, contre celles de l’assistante ou du patron, contre celles de la femme prenant des décisions toute seule ou du mari alcoolique la quittant.

Sous une écriture sans fioritures mais concise, portée avec brio par une Marianne Basler toute en force et en faiblesse, Revenez demain suggère en surface plus qu’elle n’explore en profondeur les tourments quotidiens de nos vies tragiquement humaines. Cet effet de survol et de fragmentation révèle d’autant plus la violence des micro-rapports de pouvoir qui dictent nos mouvements quotidiens et nous débordent de toutes parts. Si la pièce décrit une situation qui reste tragique, elle l’appréhende avec douceur. Aussi, Revenez demain, à l’instar d’un morceau de chocolat, nous procure un réconfort immédiat ; mais demain, il nous faudra bien faire face à notre propre solitude. On passe un bon moment, mais on n’en gardera pas un souvenir impérissable. A l’image de notre dernier carreau de chocolat.

 Visuel : Giovanni Cittadini Cesi


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