Opération ROMEO tchécoslovaquie, 1984 au Théâtre 13 Seine

3 octobre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Le texte de Viliam Klimacek, mise en scène par Eric Cénat au Théâtre 13 Seine est une chronique tchèque sur le communisme, donc sur la dictature mais aussi une parabole fine sur la légèreté des existences et sur un terrible parjure d’un père qui toutefois ne renoncera jamais à tenir sa place.

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Au centre du plateau un cube de métal figure successivement un appartement, lieu d’un bonheur familial factice, puis une salle d’ interrogatoire; à l’avant la rue entre le public et les personnages et au dessus de ce cube un bureau refuge du père de famille.  Dans ce bureau qu’il appelle l’aéroport le père s’isole ou du moins tente d’y créer une zone franche de la police intérieure et de ses micros, franche aussi des bruits des querelles domestiques, des conflits de famille, conflits intimes aussi. Le décor est  judicieux car  la sphère privée et la collective se joignent se confondent. Le communisme vole les vies avant de voler la pensée de ses victimes ou affidés.

En ce jour, le père fête l’anniversaire de sa femme Alena, en compagnie de leur fils Viktor, étudiant en médecine; sous la légèreté anodine de la fête se cache la menace permanente de la Sécurité d’État car le père d’Aléna est un écrivain dissident. Et bientôt on comprendra que la police intérieure telle une pieuvre s’est immiscée au sein même du tableau de famille.

Le propos est rude et les comédiens inventent avec talents des personnages simples cependant que perdus dans la machine communiste et broyés par le fascisme domestique et collectiviste. Chacun trouve sa recette à la fois amère et trompeuse. La femme mime l’amour parfait, le fils une scolarité étrangement idéale, et le père une mission de protection aussi noble que cruelle, une mission cornélienne. Au deuxième acte, un comédien jusqu’alors assis parmi nous se lève pour rejoindre le plateau, il est le commissaire enquêteur communiste, ils sont partout, et il va détricoter chaque écheveau de la vie de cette famille, tuer chaque grain d’espoir et d’illusion. Claire Vidoni la mère est bouleversante et Thomas Silbestein,déjà repéré dans un Roméo et Juliette rock and roll,  incarne avec talent le fils, celui qui héberge toutes les espérances avant de céder et reconduire le fascisme. C’est très sombre, mais contributif. La pièce tchèque est un pamphlet anticommuniste en rappelant les évidences ; elle est aussi une magnifique tragédie shakespearienne où les pères et les fils se mènent un combat alors que leur destin, ici l’appareil communiste, s’abat sur eux.

Une très jolie pièce.

Avec Jacques Bondoux, Jaromír Janecek, Thomas Silberstein, Claire Vidoni et Marc Wyseur.

D’après Komunizmus, une comédie de Normalisation de Viliam Klimá?ek, traduit du slovaque par Jaromir Jane?ek et Claire Vidoni, édité en français aux Éditions Infimes (2014). Scénographie et costumes Kristina Novotná, Création lumière Vincent Mongourdin, Création son Christophe Sechet, Régie général & Photographies Jean-Pierre Legrand, Assistantes Katerina Chybova & Jitka Berunka, avec la participation amicale pour le photo reportage Stéphane Godefroy

Théâtre 13 Seine
30 rue du Chevaleret – 75013 Paris
1h30 sans entracte – conseillé à partir de 14 ans