« Le petit théâtre d’objets des philosophes » : écrin minimaliste pour grandes paroles

9 février 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

En ce moment dans les nouveaux locaux du Théâtre aux mains nues se donne, pour trois soirs, un spectacle vif et intelligent, Le petit théâtre d’objets des philosophes. Pas totalement dénué de petits défauts, il n’en est pas moins brillant, tendre, stimulant à la fois pour les neurones et pour les zygomatiques… On aurait tort de bouder ce petit plaisir philosophique.

Note de la rédaction :

Le Théâtre aux mains nues inaugure (presque) ses nouveaux locaux, rue du Clos, par un spectacle qui n’est petit que par le titre et le dispositif, mais grand par l’intelligence et le plaisir qu’il procure. En 55 minutes, Dominique Houdart revisite et met en scène quelques très belles phrases de quelques très grands philosophes, qu’il déclame avec autant d’amour que de malice. Le spectacle a été nommé avec une certaine malice: le Petit théâtre d’objets des philosophes.

Le dispositif, minimaliste, fait d’un bac à sable, de quelques pots en terre cuite, de bouts de ficelle et autres bricoles, fait la part belle au récit. Quelques tours de passe-passe, quelques transmutations des objets en marionnettes, quelques images fortes et joliment trouvées, l’ensemble flatte agréablement l’oeil et l’humeur, mais ne divertit finalement pas exagérément du texte. L’objet est tantôt illustratif, tantôt employé avec brio, mais il se fait toujours finalement discret, car ce qui compte n’est, souvent, pas tant ce qui est donné à voir, que ce qui est dit, et c’est, après tout, s’agissant de bribes de discours philosophique, plutôt une bonne chose. Dominique Houdart est un formidable conteur, et c’est très bien ainsi.

Les morceaux sont plutôt bien choisis, et oscillent entre la plaisanterie – généralement – spirituelle, et la docte opinion. Mais le spectacle ne se prend jamais totalement au sérieux, alors que son sujet l’est justement, et c’est ce délicat équilibre qui en fait une jolie réussite. Qu’on médite seulement la citation déclamée par Dominique Houdart, dont la pilosité faciale est du type fournie et vénérable, pour entamer le spectacle: « La barbe ne fait pas le philosophe. Plutarque. »

Ce n’est pas à dire qu’il n’y a pas quelques faiblesses: les tentatives de marionnettes sont parfois attendrissantes, mais parfois aussi un peu manquées, le début du spectacle manque de force et pourrait faillir à accrocher l’attention de certaines spectateurs, le dispositif musical n’est pas totalement convaincant, même s’il fonctionne bien quelques fois.

S’il veut pinailler, chacun pourra se récrier que son philosophe favori n’est pas à l’honneur. On aurait peut-être voulu entendre Kant ou Lévinas? Peut-être n’y a-t-il pas assez de philosophes modernes, trop d’antiques? Au moins se console-t-on avec Schopenhauer, dont les bons mots se prêtent bien à l’exercice… Il n’en reste pas moins que c’est un spectacle exigeant, qui stimule les neurones et exige une attention active, et c’est là un mérite. Il le fait d’une façon agréable et distrayante, et c’est là un second mérite. Que demander de plus, finalement?

Compagnie Dominique Houdart- Jeanne Heuclin
Conception, interprétation et mise en scène: Dominique Houdart
Lumière et oeil exterieur : Jeanne Heuclin

Visuel: (C) Edmond Volponi


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