LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE DE VICTOR HUGO MISE EN SCENE PAR François Bourcier

6 septembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Le célèbre pamphlet de Victor Hugo contre la peine de mort a la forme du journal intime d’un condamné. Ce texte classique revient au Studio Hébertot avec William Mesguich dans le rôle titre. Aidé par le talent de cet immense acteur, la mise en scène innovante de Francois Bourcier y réinvente le texte.

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L’oeuvre est un plaidoyer contre la peine de mort et puisque Victor Hugo l’a voulu ainsi, on ne connaîtra pas l’identité de cet homme ni pour quelles raisons il a été condamné à la peine capitale. C’est un journal écrit par ce condamné à mort dans sa cellule durant ses vingt-quatre dernières heures de vie. Il y relate à la première personne les six dernières semaines de sa vie, entre le début de son procès et le moment paroxystique de son exécution.

Le texte n’est pas le plus joli texte de Hugo. Trop en colère certainement sa main trépigne; trop concerné par cet acte d’écriture politique et par son envie de témoigner et d’instruire, Victor Hugo, pris dans ce mouvement de pédagogie militante en perd un peu de sa plume dans ce texte qu’il destine compréhensible au plus grand nombre.

Francois Bourcier confronté à cette faiblesse va réinventer l’oeuvre. Il modifie le rythme par des virgules musicales et des jeux de lumières; ainsi il apporte une profondeur et une force nouvelles au cri de cet homme qui va mourir par le fait d’ordonnances et d’exploits d’autres hommes qui ne le haïssent pas. Bourcier déplie le texte en proposant deux temps; il ajoute au temps de l’écriture du journal dans la cellule celui de l’après coup de cette écriture et cette fois hors de la cellule, bord de scène, le condamné après un petit pas de côté hors du plateau interpelle le public en son humanité. Enfin Bourcier, parce que la belle plume de Hugo doit être entendue, intègre au texte le poème des Contemplations « Demain, dès l’aube… » afin de solidifier l’édifice.

Le projet est audacieux. Le metteur en scène réussit à nous faire vivre et revivre ce texte politique fort. Rien n’aurait pu être possible sans que s’ajoute au talent de Bourcier l’immense talent de William Mesguich. Le comédien empoigne dans un même mouvement son personnage et le texte et l’esprit du texte et nous, son public. Lorsque, dans une pliure de mise en scène,  il rompt le quatrième mur pour venir témoigner devant nous les yeux dans les yeux, alors la salle frissonne.

Cette pièce est un un bijou. Elle s’inscrit dans l’actuel. Au final est rappelé que la peine de mort a été abolie en France en 1981 par le combat de l’avocat Robert Badinter.

Cette pièce est nécessaire car la peine de mort existe dans la plupart des pays non démocratiques; car parmi les démocraties industrialisées certains états américains et le Japon la pratiquent encore, car aussi des pays abolitionnistes comme le Maroc voient leur parlement réclamer son retour au nom de la charia.

De Victor Hugo
Adaptation David Lesné
Mise en scène François Bourcier
Avec William Mesguich
crédit photo @ Chantal Depagne.
Jusqu’au 3 novembre 2017
Du mardi au samedi à 19 h, le dimanche à 17h30
Durée : 1h15
Studio Hébertot, ancien théâtre Petit Hébertot
78 Boulevard des Batignolles
75017 Paris.