« Farben » de Mathieu Bertholet : le drame intime de la conscience face à la science.

20 novembre 2015 Par
Laurent Deburge
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Au moment de son suicide, le 2 mai 1915, Clara Immerwahr, première allemande titulaire d’un doctorat en chimie à l’université de Breslau, voit défiler sa vie sous la forme d’un kaléidoscope de scènes fortes, drame intime et politique traversé par l’atrocité de la guerre. Juive et féministe, elle s’est mariée à un autre juif allemand de génie, le chimiste Fritz Haber, qui recevra en 1920 le Prix Nobel (au titre de 1918), pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac. Si Clara a toujours œuvré pour le bien de l’humanité (son nom ne signifie-t-il pas « toujours vrai » ?), son mari en revanche, ivre de reconnaissance et d’assimilation au Reich, vise avant tout le bien de la science, qui doit à ses yeux céder la place au bien de la nation en temps de guerre. Brimée dans sa vocation scientifique, cantonnée à un rôle traditionnel de femme et de mère par son époux, elle ne supporte pas la dérive militariste et criminelle de celui-ci, qui a mis son génie au service du meilleur mais aussi du pire. Car Fritz Haber n’a pas seulement créé les engrais modernes, qui ont permis d’augmenter les rendements agricoles et de nourrir les populations mondiales, il est aussi le père de l’arme chimique et notamment du gaz moutarde, l’Ypérite, qui inscrira la première guerre dans la fabrique industrialisée de l’horreur.