Falk Richter et Stanislas Nordey sont Fassbinder

18 mai 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Dans l’esprit insolent et révolté du génial cinéaste allemand, Falk Richter et Stanislas Nordey s’emparent de sujets politiques et sociaux à l’actualité brûlante. Sur le plateau de la Colline mis sous pression et en ébullition, cinq formidables comédiens prêtent leur voix à une Europe à bout qui pleure et qui crie.

C’est en 2008, à l’occasion de la création française de la pièce Das System à Avignon, que s’entamait un compagnonnage entre les deux artistes. Ils se sont reconnus comme des frères disent-ils et s’associent deux ans plus tard pour My secret garden, un spectacle autofictionnel dans lequel l’acteur Nordey jouait l’auteur Richter en endossant la parole intime du dramaturge tourmenté. Nés à la fin des années 1960, ils appartiennent à la même génération, partagent des modèles communs, dont fait évidemment partie Fassbinder, une même vision du monde, lucide et désenchantée, une même capacité combative à s’engager sans limite dans un théâtre politique contemporain qui prend à bras-le-corps et questionne efficacement les problématiques épineuses de la société actuelle.

Si le beau décor de loft désordonné comme l’accoutrement seventies des acteurs font très rétro et anarchiques, le discours produit est hyper contemporain : Merkel, les réfugiés, la « dynastie » Le Pen, Beatrix von Storch, le pape, la Manif pour tous, la remontée en puissance des extrémismes et populismes, l’Europe qui se délite, qui laisse tomber ses idéaux au profit d’idéologies rances qu’on croyait mortes et qui refont surface ; tout est passé en revue avec une urgence, une nécessité à dire, discuter, revendiquer. Cette puissante tonalité vindicative se voit amplifiée par un geste de mise en scène direct, frontal, musclé.

Du cinéma de Fassbinder sont conservés l’esprit et l’humeur dans un spectacle forcément tapageur mais aussi jubilatoire. Dans un univers plutôt foutraque et décadent, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage, Judith Henry, Thomas Gonzales et Eloïse Mignon jouent des travestissements, de jeux de scènes joyeusement régressifs, avec beaucoup d’humour et d’ironie. Leur parole forte assène parfois ses thèses plus qu’elle ne les discute. Elle n’évite pas certains clichés et raccourcis mais elle atteint son but : Ça ose, cogne, heurte, jusqu’à la fin, où les comédiens se lovent sur un banquette en cuir noir au son d’une douce chanson pop de Gary Jules.

Tant de propositions artistiques donnent le désagréable sentiment de s’apparenter à un geste pour rien, ne parlant de rien et à personne. Et puis, il y a celles, non sans défauts, qui ont le mérite d’affirmer le théâtre comme un art du présent et en mouvement. Je suis Fassbinder est de celles-là.

Photo © Jean-Louis Fernandez


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