« Don Quichotte » de Jérémie Le Louët au Théâtre 13

19 septembre 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Alonso Quijano a lu trop de romans de chevalerie. Il en devient fiévreux et fou. Il change de nom, se fait chevalier errant et part sur les routes, accompagné de son écuyer Sancho Panza, cherchant la gloire et luttant contre l’injustice. Dans cette quête d’idéal, il confond théâtre et réalité, et devient, jusqu’à la transe, un fanatique de la fiction chevaleresque.

Ce Don Quichotte est un hommage à la littérature chevaleresque, avec un goût prononcé pour le burlesque. Il y a un côté Monty Python, un zeste de BD et de Tex Avery. Quichotte pédale sur un cheval à roulettes, Sancho Panza sur un âne à roulettes. On déplace des éléments de décor peints en carton-pâte ; des bottes de foin, des cactus, un rocher. La régie est sur scène. La vidéo fait partie du spectacle. L’action se situe sur un plateau de tournage de film. Une troupe de comédiens s’attelle au projet d’une représentation théâtrale des deux tomes du roman de Cervantes.

En prenant ce parti de mise en abyme le spectacle devient un spectacle à strates avec autant de niveaux que de raisons de s’émerveiller et de rire. Surtout Jérémie Le Louët se risque à violenter la chose la plus aiguë de l’art dramatique. Au théâtre tout le monde ment, les acteurs qui jouent les rôles et le public qui de (mauvaise) foi semble y croire. Le quatrième mur assure la déréalisation des interprètes, garantit notre foi en tous ces faux personnages. Au théâtre, pour escamoter le mensonge, les répétitions sont secrètes, ne sont pas autorisées au public et seule la représentation est ouverte. Le Louët casse chacune de ces règles et conventions, les acteurs quittent parfois leur personnage, se débriefent entre les scènes, un dragon entre par la salle, des personnages assis au milieu du public interprètent des journalistes de théâtre. Tout est autorisé même l’ultime dans une fantaisie joyeuse et nous devenons des enfants trépignant en attente du prochain rebondissement.

Ce propos est soutenu par les talents des acteurs comme les voix plurielles de Jeremie Le Louët, la plasticité du jeu de Jonathan Frajenberg ou la présence physique de Dominique Massat.
Le propos est aussi soutenu, amplifié même au degré ultime du travail de déconstruction joyeuse. Louis Jouvet a écrit que si au théâtre tout le monde ment, le texte, écrit hors champ de la représentation ne peut mentir. Lui seul tient. Sauf que Le Louët nous fait écrire un bout du texte en début de pièce. Une séquence vidéo captée en début (ou était-ce avant ?) de la représentation et engageant le public est intégrée plus tard à la pièce;  il y a alors un renversement de l’ensemble du Lego symbolique habituel de l’art dramatique. C’est jubilatoire.

On ne sera manifestement pas venus pour rien.

Don Quichotte, D’après Miguel de Cervantès, Adaptation et mise en scène : Jérémie Le Louët / Compagnie des Dramaticulesn Avec : Julien Buchy, Anthony Courret, Jonathan Frajenberg, Jérémie Le Louët, David Maison et Dominique Massat

Crédits Photos ® Jean-Louis Fernandez


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