[Avignon Off] « Le dîner » Pièce participative à rebondissements

3 juillet 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Créé fin 2015 au Théâtre de Belleville, le collectif jacquerie emmené par Joan Bellbiure poursuit cette aventure singulière où chaque représentation est unique. Un exercice d’improvisation en troupe nous invite, expérience profonde, à voir et à entendre une pièce construite avec l’engagement actif du public quelques secondes avant l’entrée en scène.

Au départ une trame basique : deux personnes en invitent trois autres à partager un dîner prévu pour une occasion particulière, Avant la représentation les rôles sont distribués par tirage au sort et les futurs spectateurs sont appelés à choisir et à porter aux votes la construction des personnages, leur caractère, leur profession, une partie de leur bio et les relations entre eux. Le public s’installe, le choix de la musique est voté par la salle et l’intrigue démarre. De chaque interprète et de son brief reçu quelques minutes plus tôt en arrière cour, naissent un personnage à qui il va advenir des choses prévues par personne, écrite par aucun metteur en scène.

Dans la tragédie grecque, comme dans les soap-opera,  les personnages sont connus par avance et les identifications sont mis en place à priori; le rideau se lève sur une pièce (ou un épisode d’une série TV) qui a déjà commencé. Mais, classiquement au théâtre, nous sommes mis en présence de personnages dont nous ne connaissons rien. Au cours de l’intrigue  nous découvrons leur faiblesses leurs conflits psychiques, leurs sentiments et au détour d’une phrase ou d’un geste qui nous parlent, nous élisons un personnage afin de nous y identifier. L’identification nous attrape au cours de la pièce.

Cette fois, avec le dispositif du dîner, ce sont nos propres conflits par le brief, qui sont projetés sur scène et le enfantin -on dirait que t’es un docteur prend un sens et une dimension nouveaux. Par notre implication dans le pré-représentation nous ressentons aussi le trac des comédiens, expérience unique que cette empathie pour ce comédien qui va affronter le péril de l’impro. L’identification aux personnages et aux comédiens est radicale ou plutôt, mais l’un n’empêchera pas l’autre, organisée et complète. A chaque rebondissement, nous feignons de découvrir ce que nous savons déjà, de nos propres peurs ou fixations. Nous sommes un peu sur scène cependant que la pièce car elle est d’abord une pièce ajoute cette déréalisation et cette distanciation  artistique.  En un mot, c’est nous mais en mieux car le talent de chaque comédien (un bravo particulier à Jennie Anne Walker qui est magnétique) et leur esprit de troupe construit le reste, c’est à dire une pièce drôle, piquante et tragi-comique où on ne s’ennuie jamais.

On ira rire et prendre des nouvelles de soi avec la troupe de Joan Bellviure au Fabrik’ Théâtre d’Avignon à partir du 7 juillet.

Interprètes : Joan Bellviure, Jean-Philippe Buzaud, Olivier Descargues, Véronic Joly, Juliet O’Brien, Richard Perret, Jennie-Anne Walker


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