Laetitia Dosch – Un album

13 octobre 2017 Par
Antoine Couder
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En attendant le triomphe annoncé de  Jeune femme , le film de Leonor Seraille dans lequel elle tient le rôle-titre, Laetitia, Dosch tente un hommage à Zouc en version 2017, et en version théâtre du Rond-Point. Bingo !

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Elle a 37 ans, et voilà que ça arrive, cette fameuse sortie de l’anonymat qui fait la gloire d’une actrice et qui change sa vie. « Un album » démarre dans ce buzz et dans ce que la Dosch fait le mieux, cette façon de minauder tout en nuances et sans interruption. D’ailleurs, lorsque vous entrez dans la salle, elle est déjà là, elle vous attends, à moitié en train de chercher la bonne composition, à moitié en train de vous accueillir, jouant de ce corps qui va constituer la principale attraction du spectacle. Successivement sublime, hybride et tendu.

Créé à l’Arsenic de Lausanne, cet « Album » se veut une « partition chorégraphique et vocale » pour reprendre les termes du metteur en scène Yuval Rozman. Et, en effet, tout y est cadence, passage d’un rôle à un autre, d’un visage à un autre, d’un corps devenu un générateur de personnages qui s’esquissent à grands traits avant de disparaître dans le néant. Pas de famille mais une suite de rencontres avec des gens que l’on connaît de loin, que l’on connaît trop bien. La note d’intention parle de gens plongés dans les affres de la crise économique et sociale, mais il n’y a rien de politiquement saillant dans ce spectacle qui touche plus à l’universel, à la façon de « l’alboum » de Zouc donc, puisqu’il s’agit de marcher dans ses pas.

Quelques scènes en effet convoquent explicitement la célèbre humoriste : le téléphone, la mère de famille débordée, le bébé (hilarante et brève saynète rendue surréaliste par le carré rose des planches de la salle Tardieu où Dosch évolue entre Gulliver et cauchemar de téléréalité). L’essentiel tient toutefois davantage dans cette façon de se transformer, particulièrement en personnages masculins un peu débiles parfois, truculents souvent ; et de pousser la barrière magnétique des tabous pour en souligner la délicate et fragile trivialité (est-ce que je suis sale dit-elle en montrant son arrière-train au spectateur, parce que j’avais une tâche tout à l’heure). Du désespoir en creux certes, un peu tout le temps, mais moins de crudité façon « Laetitia fait tout péter »  où l’actrice finissait par uriner sur scène. Comme elle le dit ici, c’est à la fois triste et drôle (ou encore, « je crois que je suis comme Pasolini dans la critique du système marchand sauf que je suis plus drôle »). Ces fameux états limite de la féminité dont la Dosch serait devenue une experte (cf. « La bataille de Solférino » 2013, comme ça paraît loin !) sont enchâssés dans un répertoire plus étendu où dominent un comique de répétition très Zouc pour le coup et et des petits rires de gorge, hystéro-féminins qui boucle le grand cercle de la minauderie. Peu de fausses notes au final (peut-être une scène de danse floor un peu convenue), sans doute parce que la durée du spectacle est parfaitement calibrée. Comme on dit vulgairement, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

« Un album », Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 5 novembre

Crédit photo : Giovanni Cittidani Lesi