[Festival d'Avignon] Folie, identité et équilibre aux XS

13 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Pour la deuxième année consécutive, le Festival d’Avignon, le Théâtre National/Bruxelles-Festival XS, la SACD France et la SACD Belgique s’unissent pour présenter trois performances qui disent l’actualité de la création dans le spectacle vivant. Trois formes qui n’ont aucun rapport entre elle,  ou peut être une : un sens aigu du décalage.

Note de la rédaction :

Tout commence avec Thierry Hellin et Agnès Limbos pour De l’importance du sacrifice humain au XXIe siècle. Ils sont assis face à nous, une table les sépare. Nous sommes dans un appartement, une cuisine même puisque posé là se trouve un immense frigo. Ils sont en peignoir de soie. Le sien est trop court, et, celui qu’elle porte elle, tout fleuri, lui donne un air de baronne décatie. Elle hurle  » Darling, I’m so sorry, we don’t have any more tea ». L’affirmation ne manque pas d’humour en plein Brexit, il faut l’avouer. Le duo va enchaîner les saynètes toutes plus folles les unes que les autres en y ajoutant un rapport à la langue détonant. On est littéralement ici Lost in translation. Ce n’est pas juste une tour de Babel de plus qui s’effondre mais la fin d’un monde. Il y a ce lustre à pampille qui tient encore mais jusqu’à quand ? Ils ne se comprennent plus et ne comprennent plus leur place dans cette société-là. Alors, ils jouent comme des fous enfermés.  Ils vrillent et se réfugient dans le frigo dans un effarement propre à nous faire perde nos mots.

Le temps d’un changement de décor (et de voir le régisseur du lieu jouer les escaladeurs), un écran immense barrait le jardin de la vierge Saint Joseph.  Lily Noël chante, Hervé Piron arrive, s’assoie et commence une discussion sur les particularismes régionaux. La performance s’appelle Heimaten. Le mot Heimat en allemand signifie « là d’où on vient », mais aussi  »Le foyer », « la Nation »… Heimaten est un dialogue à deux puis à quatre. Oliver Simon et Rika Weniger sont en duplex, d’abord gênés par la discussion qui se tient devant eux puis totalement intégrés. Ce quatuor déroule sur les éternelles questions des origines et interroge ce que l’on ne maîtrise pas, le poids de l’histoire d’un pays que l’on porte.  Là aussi il y a beaucoup d’humour et une pertinence, même si, les réponses offertes restent en surface. Et puis, quand Lily Noël chante Barbara, là, on s’incline.

La soirée se termine sur Les idées grises de Bastien Dausse et François Lemoine. On se retrouve de nouveau dans un appartement, mais plus étudiant celui ci. Les garçons, un vêtu en rouge l’autre en bleu se battent pour une chaise. On est ici dans un nouveau genre de western. les deux sont acrobates et basculent, s’enjambent, s’écrasent, dans des postures d’équilibre hallucinantes. Ils nous retournent, nous font confondre le haut et le bas. Ils se placent dans la veine des recherches actuelles en cirque et  Yoann Bourgeois  n’est pas loin.  Bastien Dausse est un maître en acro-danse et François Lemoine maîtrise le mât chinois (et les barreaux de chaises donc aussi !). Quel est le rapport entre eux ? Ils veulent se tuer comme on tue dans les bandes dessinées américaines des années 60. Leurs flingues font « Bang » en lettres rouges et nous, on reste scotchés par leur inventivité et leur talent.

Visuels :  © DR et (c) Jean Lambert


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