« Le Trouvère » à l’Opéra de Lille : ça déménage !

21 janvier 2016 Par Audrey Chaix | 0 commentaires

Créé en 1853 à Rome, Le Trouvère de Verdi est un modèle d’opéra romantique, et l’Opéra de Paris en proposera aussi une production dès la fin du mois à Bastille. Dans cette histoire d’enfant volé, de sorcière au bûcher, d’amour contrarié et de lutte fratricide, Verdi enchaîne les péripéties et les situations rocambolesques, emmenant le spectateur dans des aventures dignes des films d’aventures les plus audacieux. C’est peut-être pour cela que Richard Brunel a choisi une mise en scène survoltée, fortement inspirée du cinéma, et qui n’offre pas un instant de répit au spectateur happé par un dispositif scénique diablement bien ficelé. Une belle réussite.

Le décor est imposant, l’un des plus ambitieux proposés par l’Opéra de Lille depuis sa réouverture en 2003. Le vaste plateau tournant, qui permet de passer de bâtiments parcourus d’escaliers de métal, rappelant les issues de secours des immeubles new-yorkais, et le grand balcon transversal, véritable terrain de jeu pour les chanteurs, le chœur et les acrobates – oui, il y a des acrobates pour les combats ! – sont dignes d’un véritable décor de cinéma. Et Brunel ne cache d’ailleurs pas ses influences : il y a du West Side Story dans ce Trouvère, les partisans du Trouvère et ceux du Comte de Luna rappelant les deux camps ennemis des Sharks et des Jets. Et les costumes abondent en ce sens, autant que l’importance donnée au chœur, personnage à part entière de cette production où le plateau fourmille sans cesse. Saluons au passage le travail sur les lumières, qui inondent la production d’un halo de chaleur sensuelle.

Au milieu de ce joyeux bazar, dont on ne se lasse pas, les chanteurs s’emparent avec brio de leur partition. Jennifer Rowley est parfaite dans le rôle de Leonora : ses solos sont de véritables morceaux de bravoure, dont elle s’empare avec délectation. Face à elle, l’autre rôle féminin, celui de la sorcière Azucena, est campé par une excellente Elena Gabouri, dont la présence envahit le plateau. Du côté masculin, s’il n’y a rien à redire sur les voix, toutes deux parfaitement maîtrisées, les deux hommes sont de moins bons acteurs qu’ils ne sont chanteurs lyriques : Igor Golovatenko est un Comte de Luna correct dans le rôle du méchant, mais Sung Ryu Park interprète un bien fade Manrico, manquant cruellement de charisme, si bien que l’on se demande comment Leonora peut bien lui trouver au point de lui sacrifier sa vie …

Ce bémol ne saurait gâcher le plaisir d’un Trouvère aussi jouissif, que l’on savourera comme on savoure un grand film d’action. Bien loin de dénaturer l’œuvre de Verdi, cela montre à quel point la mise en scène de Brunel met en valeur la qualité de cet opéra lyrique, aussi bien par l’aspect épique des chœurs, qui donnent des frissons dans le dos tant les tableaux créés sous nos yeux sont saisissants, que lors des instants plus intimes, alors que les voix envoûtantes des chanteurs envahissent les cœurs. D’autant plus que la direction de Roberto Rizzi Brignoli, maîtrisée au cordeau, sert avec justesse le propos de Brunel. Un succès, assurément !

Photos : © Simon Gosselin


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