Embarquez pour la lune avec la troupe des « Tréteaux lyriques » !

7 décembre 2017 Par
Magali Sautreuil
| 0 commentaires

Du 28 novembre au 16 décembre 2017, au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux, puis du 17 au 21 janvier 2018, au Casino de Paris, la compagnie des « Tréteaux lyriques » vous propose un voyage dépaysant sur la lune ! Une destination des plus insolites, à la mesure du défi relevé par cette troupe de bénévoles ! Non seulement, elle a pris le parti de proposer au public une des opérettes les moins jouées de Jacques Offenbach, mais, en plus, elle la présente dans des salles importantes ! Le pari était risqué, mais réussi !

41482-voyagedanslalune527x700

À l’occasion de son cinquantenaire, la troupe des « Tréteaux lyriques », fondée le 28 février 1968, nous offre en effet une très belle prestation. La quarantaine de comédiens-chanteurs bénévoles qu’elle compte aujourd’hui n’ont pas ménagé leurs efforts pour proposer au public un spectacle de qualité, avec le concours de professionnels pour la mise en scène, les costumes, la direction musicale, l’orchestre et le travail des chœurs.

La mise en scène et les costumes sont époustouflants ! Il faut bien avouer que l’opérette choisie permet de laisser libre cours à son imagination en la matière !

« Le voyage dans la lune » est un opéra-féerie en quatre actes de Jacques Offenbach, créé le 26 octobre 1875 à Paris, qui invite à la fantaisie la plus totale. Inspiré du roman de Jules Verne intitulé « Autour de la lune » (1869) et des « Aventures du baron Münchhausen », il nous propose un voyage insolite sur la lune, ce qui aurait donné l’idée à George Méliès de son « Voyage dans la lune » (1902).

L’histoire met en scène le roi Vlan qui, au bout de trente ans de règne, aimerait bien transmettre sa couronne et sa charge à son fils, le prince Caprice. Mais ce dernier ne l’entend pas ainsi. Doux rêveur, aussi bizarre, original et fantasque que son nom l’indique, il pense avoir tout vu de la Terre et aspire à d’autres contrées plus lointaines. Si son père veut le voir un jour sur le trône, il doit lui offrir la lune ! Pour nourrir de tels desseins, il faut être soit visionnaire, soit fou. Et, si l’on en juge par l’aspect de la couronne royale, elle ressemble à si méprendre à celle des bouffons. Simple coïncidence ou allusion à l’absurdité du pouvoir ou encore du rêve princier ?

Mais comment pourrait-on reprocher à ce cher prince, aux allures de « play-boy », avec un look à la Marty Mcfly de « Retour vers le futur », de croire à de telles chimères, quand le palais de son père semble tout droit sorti d’un film de science-fiction des années 1960 ? La Vlan corporation, avec son décor design et épuré, relève en effet davantage du centre de recherche spatiale que du palais. Quant aux domestiques du roi, ils portent tous une tenue bleue à bandes orangée, à mi-chemin entre celle du groom et de l’ingénieur.

tl01

Les astronomes de l’Observatoire, même s’ils incarnent l’archétype du philosophe âgé, adepte du scepticisme et incapable de prendre une décision, ont également adopté une tenue plus moderne : une blouse blanche, sur laquelle ont été cousus des morceaux de papier métallisé doré pour le côté futuriste. Malgré cela, ces pseudos-scientifiques, qui observent constamment les étoiles, n’en sont pas moins trop timorés pour oser aller de l’avant, au grand dam de Caprice.

Sous ses airs de doux rêveur, le prince n’en est pas moins intransigeant et nul ne saurait lui faire sortir la lune de la tête. C’est à Microscope, l’ingénieux et ambitieux ingénieur du roi, qu’incombe la délicate mission de concevoir un moyen d’aller dans l’espace. Sous huit jours, le prince devra pouvoir alunir, sinon Microscope aura la tête coupée !

L’atmosphère des fourneaux est extrêmement bien rendue : la lumière orangée, crépusculaire, fait monter la salle en température. Associée aux bruits métalliques et à la tenue orangée des ouvriers, d’inspiration steampunk, on a vraiment l’impression d’être à l’usine, au temps de la révolution industrielle.

Afin de se rendre sur la lune, Microscope a imaginé un obus, propulsé par un canon. En raison de la forte probabilité d’échec de son invention, il est contraint d’intégrer l’équipage spatial, de même que le roi Vlan. C’est aux artilleurs de sa majesté qu’incombe la lourde charge d’allumer le canon qui les propulsera sur la lune. Le casque et la double prise électrique qui sert d’arme à ces derniers leur donnent des allures de robot, ce qui renforce l’impression d’être dans un film de science-fiction.

Le monde terrestre que s’apprête à quitter le roi Vlan, le prince Caprice et Microscope n’a rien de commun avec la lune. Les deux univers sont construits en totale opposition. La sphère lunaire, avec ses paysages de désolation, offre un contraste saisissant avec la Terre. Toutefois, son atmosphère brumeuse et sa vue privilégiée sur la planète bleue et les étoiles lui confèrent un charme emprunt de mystère. L’endroit pourrait passer pour inhabiter, mais il n’en est rien ! Il est peuplé par des Sélénites à la peau bleue. Certains sont vêtus comme des Pierrot, d’autres sont armés de tridents.

jl02

Sur la lune, on punit les fonctionnaires trop honnêtes qui ont eu l’audace de vouloir renflouer les caisses de l’État. Sur la lune, l’amour n’existe pas et est considéré comme une maladie. On achète femmes et enfants au marché. Pour les Sélénites, les femmes ne sont bonnes qu’à deux choses : soit à s’occuper des tâches ménagères, soit à décorer. Les femmes-potiches sont choisies pour leur beauté. Elles portent toutes des couleurs chatoyantes. Leurs longues jambes fuselées leur donnent des airs de meneuses de revue. Cette conception très archaïque de la femme renvoie à la question du statut de la femme dans la société du XIXème siècle.

Heureusement que les Terriens ont décidé de venir sur la lune pour changer tout ça, malgré eux. Après avoir croqué dans le fruit défendu, la lune se métamorphose en « Woodstock géant », version « peace » and « love ». Le duo formé par Caprice et la princesse de la lune Fantasia autour de ce « doux fruit par toi mordu » est d’ailleurs des plus savoureux, pour le contraste à la fois de leur voix et de leur tenue.

Quant au final, il nous offre une explosion de couleurs ! On se croirait au cabaret !

La musique enjouée maniée d’une main de maître par l’orchestre impulse une réelle dynamique à ce spectacle, où le comique et l’absurde sont de mise.

Ces deux aspects sont renforcés par le jeu sur les mots et les syllabes, répétés à l’infini, comme le ferait un enfant, si bien que l’on pourrait croire que nous sommes dans le rêve d’un gamin.

Même si l’on peut regretter un écart de voix assez important entre les chœurs et la soprano Fantasia avec le reste des rôles principaux, le spectacle n’en demeure pas moins une grande réussite.

Souhaitez donc un bon anniversaire à la troupe des « Tréteaux lyriques » en accompagnant dans leur « Voyage dans la lune ». En plus, vous ferez une bonne action, puisque les bénéfices sont reversés à des associations.

Informations pratiques :

Titre : « Le voyage dans la lune »

Genre : Opérette / Fantastique / Tout public

Composition : Jacques Offenbach

Livret d’Albert Vanloo, Eugène Leterrier et Arnold Mortier

Mise en scène : Rémi Préchac

Décors : Christophe Auzolles

Lumières : Houcine Pradinaud

Costumes : Janie Loriault

Direction musicale : Laurent Goossaert

Chef de chœur : Marie Favier

Distribution des rôles principaux : Jean-Philippe Monnatte dans le rôle du roi terrien Vlan, David Faggionato dans celui de son fils, le prince Caprice, Jean-Philippe Alosi dans celui de son conseiller, Microscope, Rémy Buclin dans celui du roi sélénite Cosmos, Katell Martin dans celui de sa femme, la reine Popotte, Estelle Gombaud dans celui de sa fille, la princesse Fantasia, Frédéric Thiriez dans celui de son conseiller, Cactus et Evelyne Hellgouarc’h dans celui de Flamma

Lieu et dates : Du 28 novembre au 16 décembre 2017, au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux, puis, du 17 au 21 janvier 2018, au Casino de Paris.

Visuels fournis par la compagnie des « Tréteaux lyriques »