Line: le hip hop décomplexé et déconcertant de Delphine Caron.

23 mai 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Dans le cadre du festival Jet Lag 7, Delphine Caron emprunte aux surréalistes l’exercice du Cadavre exquis pour interroger le principe de la déconstruction. Une pièce exquise toute en ruptures et contrastes saisissants.

Le festival Jet Lag 7, nous en parlions dans un papier précédent, défend une vision en contrepoint de la danse, une vision qui converge on ne peut mieux avec le travail de la chorégraphe Delphine Caron. Line, sa nouvelle pièce, fait du détournement le moteur de la création chorégraphique : détournement des codes de la danse hip hop, détournement des regards portés sur le monde, détournement des techniques artistiques pour construire, in fine, un écrin sur mesure pour sa pièce déconstruite mais jamais décousue.

Le titre de la pièce est pourtant trompeur, si en le traduisant littéralement on s’attend à voir tracer une ligne qui, sans dérapage aucun, nous conduirait d’un point A à un point B. La direction, la route, le chemin de vie que désigne le titre sont semés d’embûches. Line comme ligne de front ou ligne de faille. Ligne comme frontière et/ou comme passage. Ligne qui se dressent pour sitôt se briser en mille éclats. S’alignant sur la technique du cadavre exquis, Delphine Caron compose une pièce fragmentée en une succession de courtes saynètes. Dans un effet zoom, celles-ci explorent des thématiques aussi diverses que celles de la transformation, de l’altérité, de la frontière celle qui invisible relie les corps puis se défait. Derrière cet enchaînement rythmé de séquences, n’allez pas chercher une quelconque logique qui préexisterait au mouvement. L’aléatoire et l’inconnu régissent bien plutôt le basculement dans lequel la pièce n’a de cesse de nous faire plonger. Caron élève la brisure en art majeur de la création : briseuse des liens qui tout à la fois enserrent et libèrent les corps fragmentés, briseuse des cœurs et des amitiés éphémères, briseuse des murs quand l’un des danseurs (tous remarquables!) transforme les sièges de la salle en nouveau terrain de jeu.

Mais rupture et brisure ne riment jamais avec désinvolture : prendre véritablement au sérieux le principe de la déconstruction implique d’en passer par une certaine totalité. Des corps au son, de l’éclairage au décor, dans le moindre détail, tout dans le spectacle est fait pour mettre nos sens en ébullition et renverser la perception que nous avons du monde. Aussi, puisque, dans ce chaos ordonné, tout semble nous échapper, la clé reste d’embrasser l’incertitude et l’indétermination, la redondance et la surprise, pour tenter envers et contre tout, avec et contre tous, de rendre habitable le maléfice de la vie à plusieurs. En somme, une belle et courageuse leçon de résilience, et derrière les apparences, un message d’espoir à même de ravir même les plus sceptiques.

Ligne donc, comme ligne de communication, et le message a bel et bien été transmis, la preuve en est les étoiles par milliers dans les yeux d’une classe de collégiens à la sortie !

Visuel  : Delphine Caron

Spectacle donné du 19 mai au 21 mai 2016 à l’Etoile du Nord


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