La vision doublement impossible de Carolyn Carlson

11 février 2016 Par Araso | 0 commentaires

Après « Seeds  », créé à Chaillot en Janvier 2016, Carolyn Carlson monte « Double Vision », une création de 2006 qui avait donné lieu à sa première collaboration avec Yacine Aït Kaci (YAK). Second volet du triptyque consacré à Carolyn Carlson au mois de février, cet opus est la voix d’un discours moralisateur et condescendant que la grâce a délaissé au profit de la caricature. 

Note de la rédaction :

Tout commence par une performance visuelle: Carolyn Carlson seule en scène est vêtue d’une tenue blanche dont la jupe occupe l’ensemble du plateau. L’espace d’un instant on se croirait front row à un défilé performatif de Viktor & Rolf et l’excitation monte. Mais ça se gâte très vite: les cheveux sont rassemblés en un pic sur le côté de la tête. L’ensemble se reflète dans un miroir gigantesque en suspension. On entend une respiration artificielle. Des videos sont projetées sur le tissu, figurant tour à tour la glace, des fourmis, un oeil, de la lave en fusion, la fonte des neiges… Entravée par son costume surdimensionné, Carolyn Carlson incarne, humblement, l’âme de la terre et se positionne en porte-parole de ses souffrances. Le geste est exagéré, maniéré et grotesque. En dépit de la qualité de la création video, le tout ressemble vaguement à un mauvais film de science-fiction. 

Ce tableau organique qui tressaille et vomit laisse la place à… des tours en verre. Nature versus architecture: vision simpliste et manichéenne du monde. On entend des chiffres qui défilent, des annonces qui préviennent d’une contamination imminente des eaux potables. Le corps devient une silhouette intégralement noire, les animaux des marionnettes de bois calciné. Des foules anonymes (toutefois identifiables comme étant chinoises) se déplacent à une vitesse folle telles des insectes en alerte, aveugles et sourdes. Le caractère caricatural est accentué par le mime et le danseur achève sa course effrénée sur un chemin qui s’intitule « the path to nowhere » (« la route qui ne mène nulle part »).

Il y a deux camouflets dans Double Vision. Le premier est ce discours moralisateur gratuit qui n’apporte pas grand chose, si ce n’est celui de demander au public s’il se sent bien coupable d’être responsable du réchauffement climatique et de la détérioration du paysage. Facteur aggravant, Carolyn Carlson instrumentalise sa mise en scène pour se désolidariser du péché collectif et se placer du côté des « gentils ». Le second soufflet intervient dans cet ego-trip qui consiste à se parler à soi-même. A l’exception des deux dernières minutes de spectacle, l’intégralité des textes projetés et des bandes-sons parlées sont en anglais américain et ne sont pas traduits. Un détail grossièrement significatif.

Double Vision de Carolyn Carlson et Electronic Shadow à Chaillot du 10 au 12 Février 2016 (1h). 

Visuel © Electronic Shadow


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