[Festival (des)illusions] « TU », odyssée chamanique d’un acrobate en quête de lui-même

27 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Dans le cadre du festival (Des)Illusions qui a lieu au Monfort théâtre jusqu’au dimanche 3 avril, les spectateurs sont invités à découvrir TU, spectacle qui se décrit comme « cirque biographique ». Il s’agit d’une recherche personnelle de l’acrobate Matias Pilet, qui a travaillé sur sa propre histoire pour y découvrir la racine de son engagement physique. Une renaissance par l’art et le mouvement, chargée en émotion. L’engagement du corps sublimé par la recherche des racines.

Note de la rédaction :

TU, c’est un récit introspectif et explosif sans paroles, qui prend sa source dans la réalisation, par l’acrobate Matias Pilet, de l’importance fondatrice qu’a eu sur son art la mort de sa sœur jumelle in utero, trois jours avant sa naissance. Cette prise de conscience s’est faite en présence du documentariste Olivier Meyrou, qui a aidé à accoucher le projet pour en faire le spectacle proposé aujourd’hui au public. C’est donc, d’emblée, un travail très introspectif et très chargé émotionnellement qui est livré sur scène, avec un brin d’impudeur mais énormément de courage, de générosité et d’énergie.

Du point de vue du mouvement et du jeu physique, on peut parler de réussite totale. La prise de risque et la performance purement technique sont au rendez-vous, et Matias Pilet est époustoufalnt dans sa maîtrise des figures qu’il enchaîne. Mais surtout la présence et la puissance émotionnelle dégagées par l’acrobate touchent la corde sensible: sans aucun doute, le fait de travailler un matériau aussi intime et personnel y aide beaucoup, mais cela ne diminue en rien l’extrême courage de l’interprète à se livrer aussi complètement, et l’extrême plaisir du spectateur à profiter de ce grand moment d’expression corporelle. La lutte, la recherche, le désarroi, le dépassement, tout est immédiatement évident et sensible, et ces couleurs émotionnelles, restituées avec justesse, ne peuvent que résonner chez le spectateur. Par ses thèmes, par leur abord avant tout corporel, ce spectacle touche à l’universel.

Visuellement, cela donne, outre de magnifiques enchaînements de figures acrobatiques, des images de femmes projetées sur scène, tels des ectoplasmes de la soeur dont le destin morbide est inextricablement lié à la vie du sujet. Cela donne aussi des dizaines de mètres de papier qui tombent sur la scène, qui sont autant d’appuis et de prétextes au jeux de l’acobate, avec des tableaux particulièrement réussis, notamment quand des ventilateurs viennent animer la masse blanche et inerte pour provoquer un mouvement situé au-delà du corps de l’interpète.

Du point de vue de la mise en scène, on sent tout autant le poids de l’histoire personnelle, mais celle cette fois du passé de documentariste du metteur en scène. De nombreuses vidéos sont projetées durant le spectacle, durant lesquelles l’acrobate se tient plus ou moins immobile, comme autant de phases documentant le questionnement et le cheminement de Matias. Même si le contenu en est souvent très fort, cela casse quelque peu le rythme et enlève parfois quelque chose à une recherche qui semblait vouloir se faire par le corps. De même, l’utilisation du papier sulfurisé comme objet-symbole est un peu désarmée par son excès. La mise en lumière est peut-être inutilement froide et dramatique, la lutte physique de l’interprète étant largement suffisamment puissante pour porter, par elle-même et sans plus d’artifice, le propos dramatique du spectacle.

Tout de même, et malgré ces quelques réserves, il faut insister sur le caractère extrêmement fort et sensible du spectacle. Le thème de la renaissance par l’introspection, transposé à un vocabulaire physique, est bouleversant de sincérité dans la façon très incarnée, très corporelle dont il est restitué. Une odyssée plus qu’un voyage, une lutte initiatique au fond de soi-même sublimée pour être livrée à la lumière des projecteurs: c’est un très beau projet, et un spectacle à ne pas manquer.

A voir au Monfort Théâtre jusqu’au dimanche 3 avril.

mise en scène Olivier Meyrou
dramaturgie Olivier Meyrou et Amrita David
interprète Matias Pilet
Apparitions vidéo Karen Wenvl, Françoise Gillard, sociétaire de la comédie française, Erika Pilet
Regard extérieur Stéphane Ricordel
musique François-Eudes Chanfrault
Chant Karen Wenvl
création sonore Sébastien Savine
scénographie En cours
Création lumières Nicolas Boudier
Créations vidéo Loïc Bontems et Olivier Meyrou
régie générale Simon André

Visuels: (C) DR


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