The Residents : concert exceptionnel au Centre Georges Pompidou

4 novembre 2017 Par
Antoine Couder
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La formation américaine mythique était en concert hier soir devant un public enthousiaste et averti. Culte.

Il fallait cocher la case. On a donc « vu » les Residents, en tout cas quatre  éminents représentants de cette Cryptic corporation autour de laquelle s’agence la production d’un groupe, né au mitan des années 60, qui a finalement traversé tout le XXème siècle prenant acte de la révolution psychédélique, punk et no wave, tout en conservant son style original et corrosif; un collectif plutôt issu de l’anti-art et des avant-gardes du début du XXème siècle. En live, cela donne une représentation influencée par le théâtre burlesque et le cabaret ( les membres sont masqués), qui aurait été passée à la moulinette d’un rock aux accents sombres et caustiques.

Un soupçon de vertige. La salle est évidemment comble, essentiellement composée d’une population masculine dont l’âge moyen est environ de 60 ans (on distingue un tee-shirt du disque « Hot rats » de Frank Zappa arboré par l’un d’eux).. Un public averti et quelques femmes un peu plus jeunes qui semblent avoir été guidées jusqu’ici comme pour une cérémonie secrète. Mais il y a aussi une poignée d’enfants qui certainement se demandent ce qu’ils font là.

Stranger things. La musique des Residents, portée sur des réinterprétations, déconstruites ou transposées de morceaux du répertoire traditionnel ou commercial conserve une verve incroyable. C’est une sorte de variations funèbres une éructation ontologique menée par le chant de Flynn qui semble installé à la frontière des mondes,  celle de l’Amérique profonde qui borborygme entre blues et country, entre Stephen King et Stanley Kubrick. La signature Residents – ce masque en forme de globe oculaire- disant presque littéralement que l’excroissance du regard, vénéneux et hypermédiatique, transperce les apparences pour excaver la part obscure de la culture, la musique devenant cette locomotive qui nous entraîne vers cet arrière-monde que décrit aujourd’hui la série « Stranger things » : mélange de poussière et de glaciale obscurité qui nous parvient ici à travers les quatre rêves racontés par des personnages électroniques où l’on reconnaît sans peine quelques grandes figures du XXème siècle.

Soixante-quinze minutes. John Wayne, Mère Teresa et Richard Nixon notamment qui s’imagine en bluesman … Les Residents ne vont pas jusqu’à chanter le blues sinon dans une forme de zombisme intraitable et clinique qui parcourt mécaniquement la frontière entre cauchemar et réalité, ici incarnée par ces premières lignes de chemin de fer traversant le pays et déversant une sordide modernité entre lutte des classes et faits divers crapuleux, dans un show de soixante quinze minutes unique en son genre qu’il faut maintenant prendre le temps de digérer.

Crédit photographique : © Crypticon corporation