[Live report] Kevin Morby, Belle and Sebastian, Minor Victories & Gold Panda à La Route du Rock

13 août 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Après avoir ouvert son édition 2016 hier soir avec les lives (excellents) d’Usé et de La Colonie de Vacances à La Nouvelle Vague, La Route du Rock déplaçait hier soir les enjeux du côté du Fort de Saint-Père pour sa deuxième journée de festival. Élément fondamental, et pour se démarquer déjà radicalement des éditions précédentes : pas de boue à l’horizon. Mais à la place, et pour faire taire un moment les sceptiques, un ciel bleu azur, et le Soleil qui va généralement avec.

Kevin Morby, Belle and Sebastian : sous le Soleil exactement

Et il faut bien avouer que l’on apprécie de passer un moment en sa présence, de ce Soleil, lui qui rend les deux premiers grands concerts de la soirée largement plus adaptés que si on avait dû les envisager avec les bottes, le ciré jaune et les visages un peu frustrés que l’on a eu quelques fois l’occasion de croiser ici. Celui de Kevin Morby d’abord, venu présenter à Saint-Malo son Singing Saw, nouvel élément d’une discographie comptant trois albums et dont les meilleurs moments (« I Have Been to the Mountain », « Singing Saw », « Cut Me Down ») auront été interprétés hier et ce, choix évident, avec une énergie nouvelle et une ampleur bien plus grande de ce qui est parfois proposé en studio. On pense parfois à un Dylan (ce genre de compliment ne tombe pas au hasard) qui aurait décidé de reproduire, non pas la dentition, mais la formation capillaire du cousin Mac DeMarco, piochant aussi quelques similitudes avec Get Well Soon, Kurt Vile, Avi Buffalo. Belle grosse perf de l’Américain, et pourtant : on nous murmure dans l’oreille que le garçon, embêté par un petit problème d’avion, serait arrivé au Fort simplement une petite heure avant le début de son live… Élégance et jet lag.

Le live de Belle and Sebastian ensuite, attraction centrale de la soirée pour ceux qui, comme Stuart Murdoch, ont déposé un tas de fleurs là où il est d’ordinaire possible de trouver le cœur, et ce depuis une vingtaine d’années, et depuis le succès rencontré par le deuxième album du grand groupe écossais If You’re Feeling Sinister, objet discographique dont l’année 2016 célèbre d’ailleurs, pas de hasard, le vingtième anniversaire. Alors on en entend forcément, des morceaux de ce disque culte pour tous les amateurs de pop folk guilleret, sensible et spontané, dont l’évident « The Stars of Track and Fiel », dont l’interprétation aura fait surgir hier un tas de cris de joie bien sincères. D’autres classiques d’hier aussi  (« Piazza, New York Catcher », « Another Sunny Day »…), d’autres de ce dernier album (Girl In Peacetime Want to Dance) qui avait marqué chez le groupe de Glasgow l’arrivée de claviers disco et de productions légèrement électro ( « Nobody’s Empire », « Party Line »…), et avec eux, et comme c’est la coutume ici, l’arrivée sur scène d’un tas de fans invités par le groupe afin de partager avec lui les plaisirs des joies toutes simples. Grand live pour grand moment de petite euphorie globale.

Et puis, parce que toutes les âmes ici ne sont pas forcément aussi cotonneuses que celles qui habitent l’esprit de Stuart Murdoch et de ses compagnons de scène (au moment où il entonnent leurs lives, du moins), on met un peu de noir dans les sentiments tous bleus qui régnaient jusqu’alors dans le coin. Avec Hælos d’abord, ce projet construit à six mains (celles d’Arthur Delaney, de Gom Goldsmith, et de Lotti Benardout) mais joué par le double en live, venu interpréter son excellent premier album trip-hop, dream-pop et synthétique Full Circle, qui évoquera aux plus anciens les pionniers des 90’s (Portishead, Massive Attack), et aux plus jeunes leurs continuateurs libérés des années 2010 (The Xx, Alt-J), et à tous, ce qui se fait aujourd’hui de plus abouti en terme de cette pop qui sait frôler les sentiers (« Pray », « Dust »), s’envoler vers les étoiles (« Pale », « Full Circle»), percuter de plein fouet les bas-fonds du monde (« Oracle », « Separate Lives »). Addictif en studio, maniéré et appliqué en live : définitivement, l’un des très grands groupes de l’année.

Minor Victories : super groupe, super déception

Et puis après la belle révélation Hælos, la belle gamelle Minor Victories. Le « super-groupe » composé d’une Slowdive (Rachel Goswell), d’un Mogwai (Stuart Brainwaithe), d’un Editors (Justin Lockey) et d’un Hand Held Cine Club (James Lockey), particulièrement attendu et malgré les très bons morceaux qui émanent de ce premier album composé à quatre (« A Hundred Ropes », « Breaking My Light », « The Thief »), ne parviendra pas à imiter la superbe performance proposée notamment il y a deux ans par Slowdive, qui avait proposé grâce à une Rachel hypnotique, l’une des plus grandes performances d’alors. Pas de son, pas de pêche, pas d’impact, et pas tellement d’histoire à retenir de ce live-là, décevant en tous points.

Pantha du Prince, Gold Panda : producteurs de songes

Large compensation, un peu plus tard, avec les lives successifs de Pantha du Prince et de Gold Panda (puis à 3 heures, celle du producteur anglais Rival Consoles), cousins sonores qui se succèdent respectivement sur la scène du Fort puis sur celle des Remparts et qui proposeront chacun un live à la hauteur de ce que chacun sera venu y chercher : une house pleine de basses et néanmoins de douceurs pour Pantha du Prince (de retour, après le phénoménal Black Noise, avec le très doux et très astucieux The Trial), et une electronica noyée dans le UK garage pour Gold Panda, récemment revenu d’une escapade japonaise avec un album (Good Luck and Do Your Best) bourré de samples issus du pays de Pokemon Go, des fleurs de lotus (certaines circulent sur l’écran derrière lui) et des sonorités douillettes à souhait. L’électro qui fait rêver. Et aussi beaucoup danser.

Cette petite folie se poursuit aujourd’hui du côté de Saint-Malo avec, lives là aussi très attendus, de La Femme, de Battles, de Tindersticks et de Suuns.

Visuels : (c) Ybouh


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