[Festival Jazz à Saint-Germain] Baptiste Trotignon a fait vibrer l’Eglise Saint-Germain-des Prés le 12 mai

13 mai 2017 Par
Olivia Leboyer
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Quelques coups de tonnerre et éclairs en prélude, ce soir, avant d’entendre, dans l’Eglise Saint-Germain des Prés, le pianiste Baptiste Trotignon, toujours époustouflant.

Si l’acoustique n’est pas celle d’une salle de concert, le lieu se prête évidemment à l’expression d’un (grand) supplément d’âme, généreusement versé sur un sublime Steinway. Rien de solennel dans le jazz de Baptiste Trotignon, vif, souple et enveloppant. Il y a quelque chose de souriant dans sa manière simple et directe d’attaquer l’instrument, yeux fermés, entrant progressivement dans une transe légèrement fiévreuse, très délicate.

Après une improvisation récente, « Aventino », Trotignon exécute trois superbes compositions, « Birth », « Buenos Aires » et « Awake », qui évoquent, par vagues, des paysages, des sensations vives. D’abord limpide et calme, le rythme s’accélère, fermement tenu. Souvent, le morceau se clôt sur une note sèche, tandis que Trotignon se lève brusquement. Très physique, son jeu donne l’impression qu’il fait corps avec son Steinway. Peu à peu, Trotignon relève les manches de sa chemise bordeaux, plongeant plus avant dans la mélodie. On remarque qu’il porte, à chaque poignet, un petit bracelet. Quelques plages mélancoliques, par instants, viennent planer sur ce jazz doux et rassurant. Trotignon revisite quelques morceaux des Beatles, et nous dit son admiration pour Paul Mac Cartney. Joueur, il se livre à des variations sur un vieux thème de chanson française, claire fontaine ou colchiques, badinage plein de charme. Rapprochant son micro, Trotignon fredonne, d’une voix toute intérieure, quelques « palam palam, piii » et autres sympathiques onomatopées, qu’il nous invite à reprendre.

Puis, la musique se fait plus rapide, plus saccadée, emportant dans son mouvement orageux les émotions égrenées jusqu’ici. Par moments, le pianiste parvient à nous donner l’impression qu’ils sont plusieurs musiciens à se répondre. Par instants, il se lève, farfouille dans le ventre de son piano pour y piocher des sons de percussion. Souriant, il agite même une sorte de maracas, tout en jouant de l’autre main. C’est sur une belle trille aiguë qu’il nous laisse, rêveurs et enchantés.

visuels: affiche officielle du festival, photo ©Olivia Leboyer.