Les percussions pour tous à Lyon

16 janvier 2018 Par
Gilles Charlassier
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Premier temps fort de l’année, le Week-end percussions programmé par l‘Orchestre national de Lyon met à l’honneur la plus vaste famille d’instruments, non seulement au fil de concerts, mais aussi d’ateliers disséminés dans l’Auditorium. Cette sorte de journées portes ouvertes qui réunit autant les mélomanes que les novices conjugue habilement l’artistique et le pédagogique.

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Les initiatives pour renouveler le public de la musique classique ne manquent certes pas. Celle initiée par l’Orchestre national de Lyon en ce début d’année ne se contente pas de s’adresser aux nouvelles générations. La programmation familiale du Week-end percussions investit l’Auditorium dès le samedi après-midi, où les spectateurs de tous âges peuvent brouter une barbe à papa, ou s’octroyer une pause goûter entre deux animations.

La famille des percussions, la plus vaste des instruments de l’orchestre, constitue sans doute une introduction privilégiée à la musique, le langage rythmique étant souvent le premier accessible, d’autant qu’on peut le développer avec presque tout objet du quotidien, même son propre corps, ainsi qu’en témoigne le beatbox, présenté par TIKO, champion du monde de la discipline natif de Lyon. Issu du hip-hop, le beatbox est un instrument qui s’appuie sur les ressources percussives du corps, à la fois imitation d’autres instruments ou de boîtes à rythmes et outil de création originale, qui peut également avoir des usages thérapeutiques, par exemple avec les orthophonistes pour désinhiber l’expression orale. La découverte ludique se fait aussi avec d’autres percussions corporelles, autour du djembé, ou encore par la fabrication d’un instrument où enfants et parents s’associent en binômes – et suscite parfois l’envie d’aller plus loin dans la pratique musicale.

La programmation alternative au concert symphonique, plus « académique », s’illustre avec un spectacle musical, L’appel de la forêt, imaginé à partir de récit éponyme de Jack London par le trio TaCTuS et la dessinatrice Marion Cluzel, dont les pastels narrent les aventures d’un chien enlevé à son maître. Loin de se contenter d’une fable animalière à destination du jeune public, les quatre artistes distillent une belle poésie musicale et philosophique, aux effets sonores simples et efficaces, sans s’assécher dans un schématisme facile. Les deux journées sont par ailleurs ponctuées de « virgules musicales », happening brefs dans le foyer proposés par des étudiants du CNSM et du CRR de Lyon (conservatoires national et régional) qui n’hésitent pas à recourir ça et là à un peu d’acrobaties.

Dirigé par Elim Chang, le concert de l’Orchestre national de Lyon dans la grande salle de l’Auditorium se met au diapason de la thématique du week-end, et de la diversité des sensibilités. C’est par une rareté que s’ouvre le programme, La victoire de Wellington, ou la bataille de Vitoria opus 91 de Beethoven. La particularité de la pièce, plutôt de circonstance, tient d’abord à l’effectif de percussions, tambours et timbales répartis dans la salle pour mieux immerger l’auditeur dans l’évocation militaire. Cet avatar de spatialisation sonore se révèle honnêtement restitué par un orchestre un peu tiède.

Cythère de Guillaume Connesson, concerto pour quatuor de percussions crée en 2014, réchauffe les pupitres et donne un admirable exemple de création contemporaine qui ne renonce par à la sensualité. Inspiré par un tableau de Watteau, Le pèlerinage à l’île de Cythère, l’ouvrage ne dédaigne pas la description et séduit par ses irisations presque impressionnistes, légèrement sirupeuses. L’élasticité onirique du Prélude est rompue par l’entrée du quatuor de solistes, signalant le trio de danses qui vont s’enchaîner. La première favorise les harmonies de couleurs, presque diaphanes, tandis que la deuxième explore des fragrances plus métalliques, avant une troisième succombant à une dionysiaque ivresse rythmique où s’épanouit l’enthousiasme des musiciens lyonnais. Un Postlude referme ce voyage où la musique se fait pastel et peinture. En bis les quatre solistes, Thierry Huteau, Guillaume Iter, Adrien Pineau et François-Xavier Plancqueel, se livrent à d’irrésistibles variations, où l’on devine quelque thème de la suite que Bernstein a lui-même tiré de son West Side Story. La direction de Elim Chang encourage avec à-propos les réminiscences malhériennes du Somewhere, tandis que les luttes des bandes rivales déploient une énergie bien calibrée qui finit par devenir monolithique. Le résumé symphonique se concentre ainsi sur les oppositions dramatiques.

Avant un dimanche où l’on retrouvera les animations et deux autres concerts, le matin avec les musiciens de l’Orchestre et un finale participatif, et l’après-midi par les Percussions claviers de Lyon, le public est invité à un after autour des musiques du monde, dans le foyer, mais aussi sur la place à l’entrée de l’Auditorium. Du Brésil à l’Iran, et de Cuba au Maghreb, les oreilles sauront se réchauffer et profiter des pizzas et hot dogs à la vente pour se sustenter. Les percussions font souffler un air de fête sur Lyon en ce début janvier.

Orchestre national de Lyon, Week-end percussions, Auditorium, 13 janvier 2018

visuel : affiche du spectacle