A la Philharmonie, Hilary Hahn touchée par la grâce [LIVE-REPORT]

13 mai 2017 Par
Alexis Duval
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Sous la houlette de Leonard Slatkin et accompagnée par l’excellent Orchestre national de Lyon, la virtuose américaine s’est livrée à une performance quasi-chorégraphique en jouant Tchaïkovski.

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Quand elle vous envahit, elle le fait sans crier gare. Elle vous frappe sans prévenir. A son ineffable puissance, on ne saurait résister. Mardi 9 mai, elle s’est emparée à plusieurs reprises du public lors du concert de l’Orchestre national de Lyon, à la Philharmonie de Paris. Elle, c’est la grâce. Une grâce notamment insufflée par la violoniste virtuose Hilary Hahn, au cours d’une soirée autour d’Adams, de Tchaïkovski et de Berlioz.

En ouvrant sur Chairman Boxes du contemporain John Adams, le chef Leonard Slatkin fait le choix de l’audace la plus totale. Figurant à l’origine dans Nixon in China, le premier grand succès du compositeur américain, la pièce est rare et immensément exigeante. Avec sa mélodie qui s’enrichit progressivement, elle requiert des acrobaties de tempo (chaque groupe d’instruments avance à sa propre allure), ce dont l’Orchestre national de Lyon a su parfaitement s’accomoder.

Que dire de ce Concerto pour violon en ré majeur op. 35 de Piotr Illitch Tchaïkovski, si ce n’est qu’il était beau à en pleurer ? Le génie russe a bâti cette oeuvre d’une insolente beauté et d’une incomparable brillance en trois mouvements en 1878, à l’âge de 38 ans. Dans sa robe étincelante à motifs fleuris bleus et verts, la virtuose n’a fait qu’une avec cette partition qui est un rêve pour tout soliste. On aura beau chercher jusqu’à l’épuisement tous les superlatifs qu’aucun ne suffirait à décrire la performance quasi-chorégraphique à laquelle elle s’est prêtée en jouant la cadence du premier mouvement.

Avec son tourbillon de cordes, cet allegro moderato emporte dans une irrésistible vague tous ceux qui l’écoutent. En transe, le public de la Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris a même applaudi à deux reprises à la fin des solos de la violoniste prodige – ce qui, rappelons-le, est particulièrement déconseillé pendant les concerts classiques, les manifestations d’enthousiasme constituant autant de perturbations pour les musiciens.

Le deuxième mouvement, plus modeste (une « canzonetta », une chansonnette), laisse place à un ambitieux allegro vivacissimo, au cours duquel Hilary Hahn a pincé son instrument avec puissance. Comble de l’élégance, l’exquise interprète a tiré une fleur du bouquet qu’on lui a offert à la fin du concert et l’a tendue au premier violon. La voici en 2011 :

Symphonie à programme

Prendre la suite de ce spectacle total relève de la gageure. Mais Leonard Slatkin a guidé l’Orchestre national de Lyon avec la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz. Dès le premier mouvement, intitulé « Rêveries et passions », les cordes, d’abord légères puis incroyablement vigoureuses, transportent dans un univers onirique que l’on ne quitte que le temps du troisième, « Scène aux champs », doux hymne bucolique qui célèbre la délicatesse de la nature, du lever du jour aux oiseaux qui pépient. Un thème liquide dont le compositeur français a clairement puisé l’inspiration dans la Symphonie pastorale de Beethoven.

Le quatrième mouvement, qui martèle les attaques sur un mode mineur, est une « Marche au supplice ». La Symphonie fantastique est une oeuvre à programme, et en cela, elle partage avec le poème symphonique sa dimension extrêmement visuelle. Au point que dans le délirant cinquième et dernier mouvement, « Songe d’une nuit de Sabbat », il est aisé de se figurer le diable derrière les ricanements et les sarcasmes des cordes et des cuivres.

Il semble évident que Modeste Moussorgski ou Camille Saint-Säens y ont puisé une source d’inspiration pour leurs évocations démoniaques, respectivement pour « Nuit sur le Mont-Chauve » et pour la « Danse macabre ». On ne pouvait imaginer clôture plus incroyable que le chef-d’oeuvre de Berlioz pour terminer une soirée décidément fantastique.

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Crédits photo : Alexis Duval