[Interview] Perrine Quennesson, rédactrice cinéma aux Ecrans : « Le mode de consommation du cinéma et de la série télé évolue »

15 février 2017 Par
Yaël Hirsch
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Avec Les Ecrans, l’actualité du cinéma, des séries, des nouveaux médias et de la télévision  à la fois une nouvelle caisse de résonance et un nouvel outil d’analyse. Né le 16 janvier 2017, sous la houlette de Max Azoulay, le Président du groupe ESRA, ce média à destination des professionnels de l’audiovisuel, du cinéma et du digital ouvre des perspectives nouvelles et transversales sur tous « Les Ecrans ». Rencontre avec Perrine Quennesson, rédactrice cinéma de ce nouveau projet média et digital passionnant.

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Comment l’équipe de Les écrans s’est formée ?
C’est parti d’une idée de Max Azoulay, directeur de l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (Esra), qui a eu envie de faire un site professionnel de cinéma. A partir de là, il a engagé Olivier du Jaunet, qui venait de quitter Ecran total. En octobre-novembre, Olivier a fait son équipe, qui est composée de moi, Julien Fournier, Manuel Raynaud et Serge Siritzky.

Est-ce qu’il y a des domaines de spécialisation parmi les rédacteurs ?
On en a tous à peu près un. Manuel Raynaud et Julien Fournier font plutôt la télévision, moi et Olivier du Jaunet faisons le cinéma et Serge Siritzky fait les deux domaines et plein d’autres choses, puisque de part son expérience professionnelle, il est passé par plusieurs choses dans sa vie. Après, si par exemple, il y a une série qui m’intéresse je peux me diriger vers elle. Rien n’est figé, même si c’est plutôt rare. En soi, c’est télé d’un côté, cinéma de l’autre et tout le monde un peu sur le digital, puisque le digital regroupe tout ça.

Cinéma, télé et web, ne serait-ce pas la combinaison nouvelle de lier l’industrie du cinéma sous toutes ses coutures et la télé ? 
Nouvelle, je ne sais pas. Notre but est de couvrir tout, tout en choisissant les projets et les personnes vers lesquels on se dirige. C’est là où les préférences et les capacités de chacun sont mises en avant. Olivier et Serge sont des personnes qui sont dans le métier depuis plus longtemps que Manuel, Julien et moi, donc ils ont une connaissance du secteur plus large. Ils connaissent les sociétés de distribution qui sont déjà installées. Donc le but c’est de se diriger vers toutes les nouvelles tentatives.

Même la VOD ou VAD ?
Un peu moins. On surveille tout ça. Après, on se dirige vraiment vers les nouveaux projets, car le monde de l’entertainment est constamment en mouvement. Les acteurs de ce monde changent, le mode de consommation du cinéma et de la série télé évolue. Il faut donc aller vers les choses qui se créent par rapport à ça. Il y en a qui fonctionneront, d’autres qui ne fonctionneront pas. Ça, ce n’est pas à nous de le décider. La seule chose que l’on peut faire, c’est de s’y intéresser, de leur donner une place et d’être un observateur du secteur.

Et les jeux vidéo dans tout ça ?
Ils ne sont pas mis dehors, mais pour l’instant, ils ne sont pas dans les compétences de chacun. En soi, s’il y a des nouveautés dans ce domaine, nous restons en veille là-dessus. Ce n’est pas exclu que quelqu’un qui soit plus orienté jeux vidéo puissent renforcer les rangs de l’équipe. Nous sommes plus sur l’aspect cinématographique ou sériel. Il y a plein de choses qui se créent avec Netflix, Amazon, la VR, qui est un entre-deux entre l’action et l’observation.

Votre format est 100% web, pour un vieux briscard du cinéma, est-ce que ça fonctionne ?
On est 100% web, oui et non. On va lancer des formats papier pour les gros événements comme Cannes. On fera un hors-série, gratuit et distribué sur place que l’on créera en amont. Ce sera épais et fait à base d’articles et d’interviews. Être 100% web est un risque, mais tout à fait logique, à prendre, car le monde de la télé et du cinéma sont dominés par plusieurs générations, dont une qui est encore habituée au papier, et il y a une génération qui a le réflexe internet. Ça nous paraissait logique de faire un média qui est complètement web parce que ça devient le réflexe de tout le monde et puis cela permet une plus grande réactivité, une immédiateté et un accès direct à l’information au lieu d’attendre la fameuse échéance hebdomadaire ou mensuelle. Le but c’était d’être le plus près des gens, le plus rapidement, tout en apportant de l’actualité, mais aussi des interviews grand format, des portraits de société… Le but c’est d’avoir une rubrique hebdomadaire tout en ayant la quotidienneté de l’information.

Quel est le modèle économique des Écrans ?
On a voulu fixer un prix qui puisse être relativement abordable pour des sociétés (349€ par mois). Après, on débarque sur le marché et qui a envie d’investir cette somme pour quelque chose d’inconnu ? D’où la nécessité de mettre en place une période de gratuité de quinze jours, pour avoir une vue d’ensemble du site.

Quel est l’objectif chiffré en termes d’abonnés ?
Je pense qu’on aimerait qu’il y ait entre 2 000 et 3 000 professionnels qui viennent s’abonner. Après, ça va prendre un certain temps. Notre but c’est d’être un complément d’informations au Film français. On ne veut pas marcher sur les plates-bandes de ce type de site.

Le site propose-t-il des formats vidéos, des infographies ?
Des infographies, il y en a. Notamment à travers l’Observatoire satisfaction, notre partenaire. Chaque semaine, ils analysent les sorties des salles pour savoir comment les gens ont apprécié les films et savoir quels films sont privilégiés par rapport à d’autres.
On pense très sérieusement à la vidéo. C’est très important, à l’heure actuelle, d’en avoir. Le tout, c’est de trouver le bon format et ne pas faire de la vidéo qui dure trente minutes parce que ça n’a aucun intérêt. La décision de continuer le visionnage se fait au bout de huit secondes… Il faut trouver la bonne accroche pour faire une vidéo de deux minutes qui soit intéressante et pertinente. Pour le moment, nous sommes en train de développer ce format. Avec Max Azoulay et l’Esra, on a, potentiellement, le matériel adéquat.
Pour le moment, c’est principalement de l’écrit. Mais les formats d’articles varient. Il y a des portraits, des interviews, des enquêtes… Le but c’est de multiplier les approches. Serge va, par exemple, aller vers des acteurs très connus du secteur. Moi, n’ayant ni son expérience, ni sa notoriété, je vais plutôt aller vers les nouveaux projets. Le but c’est de couvrir un large spectre, tout en étant sélectif et en ne se limitant pas au communiqué de presse. Parfois, on va le traiter comme il est, car il n’y a rien à inventer de plus. D’autres fois, le but c’est de creuser un peu plus pour apporter un degré humain supplémentaire à l’information.

Quels événements professionnels vous allez couvrir ?
On a déjà décidé sur quels gros événements nous allons distribuer le format papier. En revanche, pour tout ce qui est des autres festivals, on voit au jour le jour pour savoir ce qui nous intéresse. Le but c’est d’y être présent, d’y avoir au moins une personne. L’avantage du web, c’est qu’on a besoin que d’un ordinateur et d’un téléphone pour travailler. Si je suis à Luchon, je peux traiter le festival, rencontrer des acteurs, tout en m’occupant de l’actualité qui est en train de passer.

Parlez nous de la rubrique « perspectives ».
Nous avons plusieurs intervenants qui se sont illustrés dans leur milieu. Le but c’est d’avoir leur point de vue. C’est de l’ordre de l’édito avec une vision transversale et non pas au jour le jour de ce qui est en train de se passer.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
J’ai vu dans les Écrans, au-delà de mon ambition personnelle, la possibilité d’aborder le milieu du cinéma, de l’entertainment, de l’art sous un angle différent. Plutôt que de se référer un peu trop à ce qui est orthonormé, on a la possibilité de se dire « qu’est-ce qui est en train de se passer, de se créer ». Il y a l’idée du « bouillon » de culture, un peu comme dans une cuisine. Il y a ceux qui font le plat et qui l’envoient aux clients et ce qui est en train de mijoter. Les Écrans vont s’intéresser à ce qui mijote, à ce qui n’est pas tout à fait défini. J’aime bien cette idée de prendre le pouls de l’actualité et de ceux qui vont changer les choses. Par exemple, la société de production qui produit Cash investigation, prépare une partie fiction. Nous voulons savoir comment les choses naissent, ce qui motive les gens, pourquoi on se dirige vers telle ou telle chose.

visuel : logo des Ecrans.