[Critique] «Shadow Days » de Zhao Dayong, une autre image de la Chine

3 avril 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Zhao Dayong nous immerge dans une Chine invisible, rurale, fantomatique pour dénoncer les dérives de l’application aveugle de la politique de l’enfant unique. Shadow Days ne se limite pas à la charge politique et propose un voyage intrigant, poétique, horrifique, tragique et même parfois burlesque. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Pour échapper à un passé trouble, Renwei revient en compagnie de sa fiancée dans son village natal, dont son oncle est le maire, après 20 ans d’absence. Situé dans les montagnes, à la frontière de la Chine et de la Birmanie, le village de Zhiziluo a bien changé et s’est vidé de ses habitants, la plupart étant partis tenter leur chance en ville. Manquant de bras, l’oncle de Renwei propose à ce dernier de travailler pour le planning familial…

Les productions chinoises à gros budget qui débarquent régulièrement sur nos écrans renvoient de la Chine une image mythique, flamboyante, fantasmée. Shadow days prend un parti-pris opposé en nous offrant un voyage singulier au sein d’un village fantomatique où se côtoient culte de Mao, religion chrétienne et rites chamaniques. Un espace hybride, déserté, entre tradition et modernité, où le temps semble s’être arrêté. Zhao Dayong a souhaité s’attaquer à une question sensible, qui illustre la brutalité de la politique de l’enfant unique. En dénonçant les avortements et les stérilisations forcées, justifiés froidement au nom des objectifs chiffrés du planning familial gouvernemental. Le cinéaste dresse également un portrait moins triomphant du développement chinois, qui laisse certains de côté et n’efface pas les doutes d’une société en mutation, qui se cherche encore.

L’ambition militante est revendiquée mais Shadow Days ne se limite pourtant pas à un pamphlet politique fauché, grâce à une vraie vision d’auteur. Le spectateur doit s’adapter au rythme étrange du montage, abrupt, qui coupe sèchement les scènes, enchaine les ellipses, efface les frontières de temps et d’espace. Le scénario ignore les règles du story-telling pour mieux se consacrer à la construction de chaque scène, fonctionnant en tableaux où les détails du quotidien apparaissent en arrière-plan. En se permettant des embardées poétiques, horrifiques, burlesques, ou tragiques. Une ambiance singulière, qui utilise à merveille le décor étrangement inquiétant de cette bourgade entachée de solitude et de non-dits. Le dernier acte souffre d’un aspect trop théâtral et le film n’évite pas certaines longueurs. Mais Shadows Days est une illustration parfaite de la capacité d’invention du cinéma d’auteur international dissident.

Gilles Hérail

Shadow days, un drame chinois de Zhao Dayong avec Liang Ming, Li Ziqian et Liu Yu, durée

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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