« Nous et les autres » : le Musée de l’homme scénographie une réflexion solide sur l’identité, le racisme et l’altérité

7 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
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Jusqu’à la fin de l’année 2017, le Musée de l’Homme dédie un espace majestueux à la question de l’identité, du racisme et de l’altérité, « Nous et les autres« . Sous ce titre emprunté au regretté Tzvetan Todorov, l’exposition est un précis de philosophie du vivre-ensemble mis en images et en mots avec tact sur des murs habités par une histoire complexe. Nous et les autres est une expérience à la fois intellectuelle et pédagogique, pointue et ouverte à tous, en Français et en Anglais. Un pari difficile et réussi dans lequel il faut se plonger en prenant son temps. 

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C’est sur une vidéo courbe en engageante que commence l’exposition « Nous et les autres ». Le visiteurs est laissé à ses propres pensées devant un ensemble humain qui pourrait être paysage ou portrait. Puis viennent, inscrites sur les murs, les définitions clé (avec feuille à emporter) : stéréotype, xénophobie, altérité, assignation identitaire, ethnocentrisme, discrimination. Avant de voir les choses, les commissaires scientifiques de l’exposition, l’anthropologue Evelyne Heyer et l’Historienne Carole Reynaud-Paligot, ont voulu qu’on se mette d’accord sur les mots.

Puis vient en premier le moment réflexif : le public entre dans un grand aéroport, lieu de passage et de transit de la diversité humaine et a accès à des écrans interactifs pour découvrir 4 personnages. Dans cette jolie scénographie, il s’agit de mesurer quels clichés la simple apparence engendre. Ce n’est qu’après cet épisode qu’on entre dans le vif du sujet : une histoire en 3 étapes de l’assignation de l’identité et ses terribles conséquences.

On commence par un panorama des 16e aux 18e siècle, avec une rotonde documentée et didactique qui nous permet à la fois de survoler et de creuser trois grands thèmes modernes: l’esclavage, le colonialisme et l’invention de la race, avec la présence physique des grands ouvrages de Gobineau ou Firmin. En écho à cette Histoire, trois cabines cylindriques nous plongent ou replongent dans 3 barbaries, toutes marqués par un film, une série de textes et photos aux murs et un objet clé permettant les massacres ou l’exploitation de l’homme par l’homme : l’esclavage américain, la Shoah et le Rwanda avec des citations de Toni Morrisson, Marceline Loridan et Gaël Faye. Le public est interpellé, il s’arrête, il s’assied, il écoute, apprend et  il réfléchit à ce qui s’est passé, il passe du temps.

Sortis de ces cabines terribles, l’on repasse par un des couloirs centraux et grandiosement art déco du Musée. Où l’institution fait l’effort à la fois juste et courageux de signer sa propre identité : de quelle idée racialiste est né le musée de l’Homme ? Comment l’anthropologie (et sa muséographie) a-t-elle pu (tardivement) évoluer ?

On entre ensuite dans le dernier espace de l’exposition qui dresse l’état des lieux d’aujourd’hui. Après un point ferme et définitif sur la manière dont la génétique a permis d’enterrer la notion de « race », le racisme est mis en question par des grands (et gros) mots plaqués en graphisme brut et en noir, blanc et jaune, sur les murs. Le mode de la question est privilégié (Le racisme est-il seulement contre les noirs et les arabes?). Le résultat est un peu naïf, malgré quelques chiffres donnés comme des infographies prête à prendre d’assaut les réseaux sociaux… Mais deux séries d’entretiens avec des chercheurs pointus et pédagogiques viennent rehausser le débat. On pose aussi bien la question de la représentation des « banlieusards » à l’écran que celle de la comparaisons des modèles de gestion du « multiculturalisme » en France et aux Etats-Unis. Alors qu’un joli « Egalité » en filiformes néons bleus remplit sculpturalement la dernière salle, des tables rondes sont installées devant les entretiens avec les chercheurs, comme dans un café viennois.

On glane encore quelques informations sur la protection internationale contre les discriminations à l’heure d’aujourd’hui, on a accès à un tableau noir pour soumettre ses propres idées. Et si tout se passe bien, l’on sort de l’exposition la tête plus remplie de questions qu’elle ne l’était quand on y est entré. Une expérience de l’autre et une interrogation sur sur soi à approfondir en assistant aux conférences gratuites proposées dans le cadre de cette exposition, notamment celle qui fait le point sur la génétique et la notion de race, le 26 avril prochain (informations).


Exposition « Nous et les Autres – des préjugés… par mnhn

visuels : affiche et YH


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